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50ème Anniversaire de l’UGICT 18 juin 2013

18 juin 2013, par Lolo

Avec l’UGICT, 50 ans de syndicalisme spécifique dans la CGT

Thierry LEPAON revient sur la place des cadres dans la CGT

La création de l’UGICT en 1963, ou plutôt sa renaissance sous l’impulsion de René Le Guen qui deviendra son premier Secrétaire général, ne marque pas le début de l’histoire du syndicalisme cadre dans la CGT, loin s’en faut.
Elle est issue d’un long cheminement de la CGT à partir d’une prise de conscience des dirigeants ouvriers, de l’importance pour la CGT de s’ouvrir à l’ensemble des catégories professionnelles.

En réalité, cette histoire débute avec celle de la création de la CGT.
La CGT ne s’est pas construite à partir de sa seule identité ouvrière. Elle a, parfois de façon chaotique, intégré la réalité de la transformation du salariat et des luttes sociales, tout au long du 20ème Siècle.
Les luttes sociales des techniciens et cadres sont présentes dès le début du XXème siècle, liées à la défense d’intérêts corporatistes.
Dès 1905 est créé la Fédération nationale CGT des dessinateurs de France.
Les années 20 marquent l’entrée des cadres dans la production.
Les techniciens, cadres et agents de maîtrise se regroupent dans des unions professionnelles.
Les cadres et techniciens sont alors recensés dans la catégorie des employés. La CGT -ou plutôt les CGT à l’époque- ignore ces unions professionnelles dont certaines souhaitent un rapprochement avec le syndicalisme.
En 1921, est fondé le syndicat des agents techniques et administratifs du gaz de Paris.
Le syndicat n’adhère pas à une confédération ouvrière pour deux raisons : d’abord parce qu’il existe deux confédérations (CGT et CGT-U) et qu’il se refuse à choisir entre les deux ; ensuite par que ces confédérations n’ont pas de structures spécifiques pour accueillir les techniciens.
« Nous sommes considérés comme des employés » déclare le syndicat, qui regrette que la CGT ne prenne pas en compte « la poussée formidable en nombre de ceux qui ne sont ni employés parce qu’ils ne sont employés que de nom, ni ouvriers parce qu’ils ont précisément mission de les diriger. »
C’est à la création d’une organisation spécifique des techniciens dans une confédération réunifiée qu’aspire ce syndicat.

1936 traduit l’expression d’une contestation du capitalisme, de l’organisation tayloriste du travail et une dévalorisation de l’autorité patronale.

La majorité des cadres, qui sont alors des ingénieurs, observent une bienveillante neutralité à l’égard du mouvement social de 36.
Chez un certain nombre d’entre eux, s’affirme le sentiment d’être des salariés comme les autres.
C’est aussi le début de la structuration d’un syndicalisme cadre dans les fédérations de la CGT.
La revendication d’un statut cadre interprofessionnel prend naissance.
Pour la CGT à l’époque, il ne s’agit pas seulement de s’allier une partie progressiste des techniciens et cadres, mais d’organiser ces salariés pour qu’ils prennent part, sous des formes qui leur sont propres, à l’activité de la CGT et qu’ils puissent y élaborer leurs revendications.
A la libération, un ensemble de dispositions spécifiques dessinent la catégorie socio- professionnelle des cadres, ce qui conduit la Confédération à créer le cartel des cadres.

La création de l’UGIC en 1963 est donc stratégique pour la CGT, comme l’est en 1967 l’ajout du « T » de techniciens.

Dès le début des années 60, l’apparition des BTS puis des IUT accompagnent la forte croissance des professions intermédiaires et le mouvement d’augmentation générale du niveau de qualification de la main d’œuvre.
C’est aussi le début de la période de l’entrée massive des femmes dans le salariat.
Ce rapide survol de l’histoire du syndicalisme des cadres et techniciens dans la CGT n’est pas inutile pour apprécier la situation d’aujourd’hui.
Il montre que la construction d’un syndicalisme spécifique aux ingénieurs, cadres et techniciens dans la CGT est toujours allée de pair avec les évolutions technologiques et industrielles, la transformation du salariat et les luttes sociales, ainsi que l’a rapidement brossé Marie Jo.

Dans quelle situation sommes-nous aujourd’hui ?
Lorsque l’on regarde les chiffres, il reste encore beaucoup à faire pour que les nouvelles populations d’ingénieurs, cadres, techniciens supérieurs, et diplômés de l’enseignement supérieur, s’emparent de la CGT à hauteur de ce qu’ils représentent dans le salariat : les ingénieurs et cadres représentent moins de 5% de nos adhérents et les techniciens et agents de maîtrise 11%, selon Cogitiel.
Ces chiffres sont à rapprocher de ceux indiqués par Marie Jo sur la présence de ces catégories dans le salariat.

Les récents résultats de représentativité révèlent notre difficulté à être présents partout là où sont ces populations.
Alors que nous sommes présents parmi 74% des inscrits du 1er collège, ouvrier employé, nous ne sommes présents qu’à 63% dans le 2ème collège des techniciens et agents de maîtrise, loin derrière la CFDT qui y est présente à 71%.
Nous sommes présents à 59% parmi les inscrits du 3ème collège des cadres.
La CFDT y est présente à 72% et la CGC à 75%.
Cela nous place deuxième organisation syndicale représentative dans les 2ème et 3ème collèges et notre présence dans l’ensemble du salariat nous place aussi en deuxième position derrière la CFDT.
La CGT joue donc sa place de première organisation syndicale en France avec ses résultats dans les 2ème et 3ème collèges.
Pour que la CGT soit vraiment l’organisation syndicale de tout le salariat, il ne suffit pas de constater l’évolution quantitative de la population cadre ou technicienne, même si c’est un bon point de départ pour décider de nos plans de déploiement.

C’est sur le rapport au travail de ces salariés, sur leur rapport aux entreprises, au management, à l’idée qu’ils se font d’un travail bien fait qu’il nous faut construire une relation de confiance avec eux.
Une relation à établir dans la durée et qui prenne en compte les mutations du travail et des politiques stratégiques et managériales des entreprises.

Cela tombe bien puisque nous avons décidé lors de notre 50ème Congrès confédéral de faire du travail le point d’entrée de notre activité syndicale en direction de tous les salariés.

Tous les sondages montrent que ces catégories ont plutôt une bonne image du syndicalisme et de la CGT.
Leur capacité de mobilisation pour les revendications sociales qu’elles estiment légitimes, c’est-à-dire qui les concernent, est du même ordre de grandeur que celle des autres catégories de salariés.
Selon le dernier sondage CSA sur les retraites, la proportion des cadres qui se disent prêts à se mobiliser de façon certaine dépasse même d’un point celle des autres catégories, même s’ils se disent un peu moins inquiets que les autres.
Contrairement aux stratégies de division du salariat qu’entretient le patronat, notre responsabilité est d’organiser la convergence de revendications et d’action de tous les salariés dans la CGT.

La balle est donc dans notre camp.
L’UGICT est l’organisation de la CGT que nous avons choisie pour syndiquer les ingénieurs, cadres et techniciens à la CGT.
Mais nous ne pouvons continuer de déléguer à l’UGICT le soin de s’occuper des revendications et de la syndicalisation des ingénieurs, cadres et techniciens en nous contentant de commenter les résultats.
Le déploiement de la CGT parmi les ICT est la responsabilité de la CGT toute entière.
C’est cette nouvelle étape que nous avons à construire ensemble, avec l’UGICT.
La CGT ne doit pas être seulement un syndicat pour lequel les cadres et techniciens supérieurs ont de la sympathie et reconnaissent l’apport dans les garanties sociales.
Ils doivent pouvoir y prendre toute leur place.
La capacité de la CGT à syndiquer massivement les ingénieurs, cadres et techniciens dépendra de celle de nos organisations de proximité, dans les professions et territoires, à s’adresser à ces catégories, à partir leurs préoccupations et de la réalité de leur travail.
C’est ce chantier qu’il va nous falloir ouvrir en termes de vie syndicale et de déploiement.

Comme vous le savez, depuis le 50èmeCongrès, une des membres du Bureau confédéral, Sophie BINET, également membre du Bureau de l’UGICT, a la responsabilité du déploiement confédéral en direction des ingénieurs, cadres et techniciens.
C’est un acte fort qui traduit une stratégie confédérale.
L’UGICT va tenir son prochain congrès dans un peu moins d’un an.
Ce doit être l’occasion pour nous de réfléchir au travail de toute la CGT en direction des ingénieurs, techniciens et cadres et aux initiatives que nous pourrions prendre avec l’UGICT, dans le cadre de la préparation du congrès.

Intervention Marie-José Kotlicki, Secrétaire générale de l’Ugict-CGT

L’évolution du salariat, caractérisée par une élévation générale des qualifications, une jeunesse de plus en plus diplômée (43 % diplômée de l’enseignement supérieur) et une féminisation plus forte de l’encadrement se poursuit et connaît une nouvelle accélération depuis le début des années 2000.
- Ainsi, en 1962 Les Ictam constituaient 14 % du salariat, dont 4 % de cadres.
- En 2011 Ils constituaient 46 % du salariat, dont 19,2 % de cadres.

C’est dans ce contexte que la CGT est aujourd’hui la deuxième organisation du pays représentative parmi les cadres et les techniciens, derrière la CFDT, devant la CGC.

Ce résultat n’est pas sans lien avec l’anticipation et la réflexion de la direction confédérale et des organisations de la CGT de se doter d’une organisation spécifique en son sein, à un moment où beaucoup estimaient ces catégories comme quantité négligeable, voire à part du salariat.

Cette décision n’est pas tombée du ciel, mais tirée des enseignements des périodes précédentes.
Ainsi, la création officielle de l’UGIC, lors de la conférence nationale à Saint-Denis, le 11 mai 1963, fait suite à d’importantes luttes de cadres et d’ingénieurs sur les questions industrielles.

Dans son rapport introductif au 34ème Congrès confédéral, Benoît Frachon évoque l’attitude des Ict lors de la grève des mineurs « (...) Au cours de la grève des mineurs, les ingénieurs et cadres des mines ont manifesté leur inquiétude à propos du grave préjudice porté à l’intérêt national par la décadence de l’industrie houillère dans laquelle nous entraînent infailliblement les clauses du marché commun... Dans toutes les industries, des ingénieurs, des techniciens de haute valeur s’inquiètent de ce que leurs compétences, leurs savoirs sont détournés du but qu’ils en attendent. Parfois pour favoriser l’épanouissement des monopoles étrangers ou cosmopolites, on brise leur élan et leur enthousiasme... ».

En 1945

Le syndicalisme cadres avait déjà pris de l’ampleur, confronté à la création de la Sécurité sociale avec un régime de retraite plafonné.

La naissance de la CGC s’opère à la suite du refus de la double affiliation proposée à la CGT et à la CFTC par les organisations catégorielles de cadres non confédérés. Le développement de la CGC, la reconnaissance de sa représentativité sont aussitôt instrumentalisés et encouragés par le patronat.

Le cheminement du besoin d’une structuration de l’activité spécifique CGT voit alors le jour. La CGT y travaille avec l’objectif de réunification du salariat et pour éviter la fracture dans le salariat à partir de deux écueils ; soit en décrétant en amont l’uniformisation du salariat, indépendamment de la prise en compte de la place de chacune de ses grandes composantes dans le process de travail, ce qui a pour effet de laisser seul l’encadrement face aux contradictions auxquelles il est confronté et sous la pression patronale d’accroître les tensions entre ouvriers-employés et ingénieurs, cadres et techniciens ; soit en cultivant le corporatisme et aboutir ainsi à des impasses catégorielles (cadres contre les autres) structurant les divisions au sein du salariat.

La CGT s’appuie aussi sur des expériences structurelles en son sein et son audience dans les professions comme l’énergie et les cheminots, qui créent leur organisation spécifique fédérale.
La CGT affine sa réflexion sur la syndicalisation des cadres. Avec la création de l’organisation spécifique, l’UGIC, la CGT pousse à tourner définitivement la page d’une stratégie d’alliance avec les cadres pour mieux se structurer en son sein et travailler aussi leurs propres revendications.
La naissance de l’UGIC est saluée comme une bouffée d’air par un certain nombre de cadres, qui d’emblée en validant cette nouvelle conception du spécifique, rejoignent la CGT. L’UGIC se dote d’un journal « Options » en 1965.

Le mouvement de Mai 68 donne un nouvel élan à l’UGICT qui gagne son T de techniciens suite aux occupations d’usines des techniciens.

Avec le changement du périmètre de l’organisation spécifique ICT, la conception du spécifique CGT évolue encore. La CGT ne se structure plus sur le seul rapport hiérarchique au capital, les cadres encadrants, mais elle se structure également sur les rapports au travail et intègre dans la réflexion du spécifique ICT, le rapport à la qualification, à la place et au rôle dans le process de travail des composantes du salariat, la question des rapports sociaux dans l’entreprise.

Cette nouvelle dynamique de l’Ugict, portée par la confédération est validée dans les faits. Des luttes se développent, arrachant au patronat des conventions collectives et des grilles de classification dans le privé, comme les grilles « techniciens » et la Convention nationale des cadres dans la métallurgie dans les années 70.

Les années 80 vont de pair avec les prémices d’une augmentation significative du nombre de cadres et de techniciens dans le salariat, de luttes fortes de cette population contre la désindustrialisation (exemple Creusot-Loire).

L’Ugict réalise ses premiers grands rassemblements de luttes interprofessionnelles (1 500 - 2 000 cadres et techniciens). C’est aussi l’apparition des premiers signes de divorce entre les cadres et les stratégies des directions d’entreprise.

L’Ugict prône dans la CGT une démarche de conquêtes propositionnelles. La chute du Mur de Berlin accélèrera le passage d’une démarche d’adhésion des cadres, encore plutôt idéologique, au primat du revendicatif. Le 44ème Congrès confédéral, sous l’impulsion d’Henri Krasucki, pousse alors les transformations de la CGT, poursuivies par Louis Viannet.

En 1987, l’Ugict-CGT se dote d’un logo « le coquelicot » et affirme sa double nature : organisation de la CGT pour s’adresser et se développer parmi les ICT et, dans le même temps, l’organisation qui rassemble les ICT dans la CGT.

Dans le but de mieux interprofessionnaliser son activité, l’Ugict-CGT se déploie sur les territoires dans les années mi 80 à 95 en développant les commissions départementales Ugict, à la fois outil de l’union départementale et de l’Ugict nationale.

Des premiers mouvements d’ensemble unitaires de cadres, conduits par l’Ugict et la CGC revendiquent dans les années 99 - 2000, une réduction du temps de travail. L’Ugict affirme dans la CGT et auprès des ICT la notion de « cadres salariés, non pas comme les autres mais au même titre que les autres salariés ».

Les années 2000 voient une augmentation constante des ICT avec pour corollaire une croissance de la part intellectuelle dans le travail et une surexploitation du travail qualifié, mais aussi un redressement des effectifs de l’Ugict, (même si on ne comble pas encore le retard pris par toute la CGT sur une conception de syndicalisation de masse des ICT.)

Face à cette recrudescence de la croissance des ICT dans le salariat, de la diversification des fonctions d’encadrement (cadre manager, de proximité, commercial, expert...), émerge une plus forte lisibilité des préoccupations transversales et communes de l’encadrement. Au- delà de la RTT et de l’équilibre vie privée - vie au travail, la quête de sens et la soif de reconnaissance, de son travail, de son utilité dans l’entreprise, de moyens pour exercer ses responsabilités sociales, du respect de l’éthique professionnelle, traversent les luttes de début 2000 et structurent un changement d’état d’esprit des ICT, attentifs, disponibles, à la recherche d’alternatives.

Voilà pourquoi ce qui s’est passé au dernier congrès confédéral est particulièrement important : le fait que la CGT se donne les moyens de porter confédéralement le déploiement des ICT en s’appuyant sur le savoir-faire de l’Ugict-CGT et son développement en imbriquant le travail de l’Ugict dans toute la CGT.

Ce bref retour historique nous permet de mesurer la longue et lente maturation de la CGT sur la place que doit avoir l’Ugict dans la confédération et l’ensemble de la CGT. À la fois outil des syndiqués ICT, outil de la CGT toute entière, imbriquée dans la CGT et portée par toute la CGT.

Afin de faire vivre les revendications transversales aux ICT et les convergences avec les ouvriers-employés dans la CGT, les formes d’organisations d’activité spécifiques sont étroitement imbriquées à tous les niveaux dans la CGT (syndicats, professions, territoires.)

La CGC traite les ICT de façon très catégorielle, souvent en opposition aux autres catégories.

La CFDT ne syndique pas les cadres spécifiquement sur le lieu de travail ou dans les professions car elle ne cherche pas à transformer les rapports sociaux. Son organisation spécifique est uniquement au plan national et régional, sous forme d’un laboratoire d’idées destiné à produire une réflexion d’élite pour éclairer la confédération avec la vocation que ces idées descendent du haut vers le bas.

Par ailleurs, la CFDT bénéficie de l’image d’accompagnement du patronat, la CGC a l’image de représentativité historique. À la CGT, nous ne pouvons pas jouer sur notre image, et nous ne sommes pas le syndicat naturel. Ce n’est que par la réalité de notre travail sur le terrain que nous pouvons être attractifs pour l’encadrement, d’où la conception d’une forme spécifique organisée à tous niveaux dans la CGT qui n’est donc pas venue pas hasard.
La réflexion sur le spécifique n’a jamais été une question de nombre (c’est la pointe émergée de l’iceberg !), mais toujours une analyse qualitative et stratégique.

À la veille de modifications structurelles lourdes du syndicalisme en France, suite à la loi sur la représentativité, l’enjeu, pour la CGT n’est donc plus seulement d’aller rencontrer des cadres, mais d’être représentative parmi les cadres et techniciens. La CGT ne peut plus se payer le luxe bien longtemps de n’être que première organisation des ouvriers-employés si elle veut rester première organisation du salariat dans le paysage syndical français.
Or, la représentativité n’est pas qu’une question électoraliste, il s’agit bien d’être représentatif des revendications des ICT, de ce qu’on est capable de gagner ensemble. Ce qui implique pour l’Ugict-CGT, un travail revendicatif beaucoup plus important concernant la masse des ICT dans leur diversité : jeunes diplômés, cadres de proximité, DRH, cadres managers, personnel de haute technicité, commerciaux... Les enjeux de déploiement et de convergences sont aujourd’hui au premier plan dans la recherche de formes d’organisations spécifiques les plus efficaces.

Cet effort doit se réaliser dans le secteur privé comme dans le secteur public mais aussi dans la fonction publique, où l’on sait pertinemment que les cadres seront les vecteurs principaux des réformes (RGPP - Acte III de la décentralisation) avec un retard récurrent dans la réflexion CGT sur l’activité spécifique organisée, notamment au sein de la fonction publique d’État.

Nous avons besoin d’être la référence syndicale qui gagne la reconnaissance sociale des ICT, qui redéfinisse leur place dans l’entreprise, qui construise une nouvelle figure et identité sociale de l’encadrement leur permettant d’exercer pleinement toutes leurs qualifications et responsabilités.

À défaut, les ICT risquent d’abandonner aux portes de l’entreprise leurs valeurs éthiques professionnelles et personnelles, d’abdiquer sur les moyens d’exercer leurs responsabilités sociales. Ils seraient alors instrumentalisés en tant qu’artisans désincarnés de la financiarisation du travail et de l’entreprise et chevaux de Troie de la déstructuration des garanties collectives pour tout le salariat.

La CGT est bien la Confédération Générale du Travail. Elle défend à ce titre les travailleurs, mais aussi leur travail.
L’Ugict-CGT défend donc les intérêts sociaux des ICT, partie intégrante du salariat, mais elle doit aussi définir avec eux la fonction d’encadrement, de haute technicité allant de pair avec la transformation des rapports sociaux que l’on souhaite.
Ce fil rouge est celui que suit l’Ugict-CGT depuis cinquante ans. Nous fêtons donc un anniversaire qui ne vise pas à tourner une page du passé, mais un anniversaire profondément d’actualité pour sortir de la crise et se projeter vers l’avenir.

Poursuivre cette histoire de l’Ugict dans la CGT, avec une Ugict étroitement imbriquée dans la CGT, en capacité de construire une activité revendicative spécifique organisée partout où se trouvent des ICT, c’est engager une bataille contre le partage de la pénurie au sein du salariat qui dédouane le capital. C’est participer à un débat public sur le coût du capital et une autre répartition des richesses au profit de l’ensemble du monde du travail.