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Qui dénigre la France ?

18 avril 2012, par Lolo

Michel Cialdella
écrit à chaud
le 15 avril 2012.

Lors de son meeting parisien, place de la Concorde, le président-candidat a évoqué "Ceux qui dénigrent la France". Mais de qui parle-t-il ?

Dans un livre publié en 2005 (1), Paul Ariès écrit sur la quatrième de couverture : « Le sarkozysme n’est pas seulement une « droite décomplexée », mais une droite qui n’aime pas la France telle qu’elle résulte de son histoire. Véritable machine de guerre contre nos valeurs, il n’aurait de cesse, au pouvoir, de virtualiser et encore davantage la liberté, égalité et la fraternité pour les remplacer par sa propre devise : « travail, respect, patrie. ».. Bien vu !

Souvenons-nous de sa campagne de 2007 où il fustigeait le modèle social français !

Ce modèle social que Sarkozy et les siens exècrent résulte des luttes sociales des salariés, des grèves de 1936, en passant par le programme du Conseil National de la Libération qu’il s’acharne à déconstruire, les acquis de mai 68 contre lesquels il luttait déjà à l’époque, jusqu’aux conquêtes de 1981.

La France devrait donc abandonner son modèle social pour importer « ce qui marche », c’est-à-dire le modèle anglo-américain de régression sociale.

À peine élu à la présidence de la République et malgré la loi de 1905 instituant la séparation des églises et de l’État, il s’est empressé de se faire nommer par le pape chanoine de Saint Jean de Latran. Comme si cela ne suffisait pas, il a produit un discours contraire à la Constitution (4) et dans lequel il prétend que « l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur même s’il est important qu’il s’en approche ».

Dans son "discours de la Concorde" il évoque Hugo, mais ignore que celui-ci disait (3) "Je veux, je le déclare, la liberté de l’enseignement ; mais je veux la surveillance de l’État, et comme je veux cette surveillance effective, je veux l’État laïque, purement laïque, exclusivement laïque".

C’est dans son camp que pour justifier les mesures de régression on dénigre : nos universités, les syndicats, l’éducation nationale, le droit du travail, la Sécurité sociale !

De la même façon qu’il s’est servi de Guy Môquet qui pourtant défendait des valeurs opposées aux siennes, il cite, sans le nommer, Saint-Just (2) : « … le bonheur est une idée neuve… ». La citation complète étant : « Que l’Europe apprenne que vous ne voulez plus un malheureux ni un oppresseur sur le territoire français ; que cet exemple fructifie sur la terre ; qu’ils propagent l’amour des vertus et le bonheur. Le bonheur est une idée neuve en Europe ! ». Ignore-t-il que cette Europe du marché libre et non faussé, de la tutelle antidémocratique de la commission de Bruxelles ne va pas dans ce sens ? Le même Saint-Just constatait « Nous n’avons point de lois civiles qui consacrent notre bonheur, nos relations naturelles, et détruisent les éléments de la tyrannie ».

Aujourd’hui encore Saint-Just pourrait lui répéter : « Abolissez la mendicité qui déshonore un État libre… ». Il rappellerait au candidat président « Il ne faut point faire qu’il (le peuple) convienne aux lois, il vaut mieux faire en sorte que les lois du conviennent ». Soit l’exact contraire de la réforme des retraites.

À propos de notre constitution, Saint-Just lui rappellerait que « La monarchie n’est point un roi, elle est le crime ; la République n’est pas le Sénat, elle est la vertu ». Nous en sommes loin !

Victor Hugo qui semble inspirer le président-candidat disait le 9 juillet 1849 : « Je suis de ceux qui pensent et affirment qu’on peut détruire la misère… Remarquez bien, Messieurs, je ne dis pas diminuer, amoindrir, limitée, circonscrire, je dis détruire.… Détruire la misère ! Oui, cela est possible. Le législateur et le gouvernement doivent y songer sans cesse ; car, en pareille matière, tant que le possible n’est pas fait, le devoir n’est pas rempli. ». Nous en sommes loin avec nos 10 millions de pauvres.

Comme on peut le constater, il ne suffit pas de citer nos hommes illustres surtout s’ils sont révolutionnaires. Il convient de les comprendre et de prolonger leur action dans les conditions du 21e siècle. Ce qui est, bien sûr, trop demandé aux gouvernants actuels. Il vaut donc mieux en changer.

En réalité ceux qui dénigrent la France ce sont ses amis. Ils n’aiment pas cette France qui « répond toujours du nom Robespierre… » « Celle qui paie toujours vos crimes vos erreurs… La belle la rebelle… Celle des travailleurs… Ma France » (Jean Ferrat).

La CGT a bien raison d’appeler à battre Sarkozy aux élections présidentielles. Faisons du candidat sortant le candidat sorti !


(1) « Misères du Sarkozysme » « cette droite qui n’aime pas la France. » Paul Ariès éditions Parangon — 2005.
(2) « Saint-Just, discours et rapports présentés par Albert Soboul ». Éditions sociales. 1988.
(3) « Victor Hugo le droit et la loi et autre textes citoyens ». Éditions 10/18. Dirigée par Jean-Claude Zylberstein. 2002.
(4) article 5 de la Constitution « Le président de la République veille au respect de la constitution ».