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Ensemble, prendre la main pour les 32h sur 4 jours, c’est possible et nécessaire...

7 juin, par Lolo

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Lolo
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Les finalités du travail, son organisation, sa durée tout au long de la vie, sont des questions au cœur de l’affrontement Capital/Travail.

Force est de constater que depuis des décennies, c’est le Capital qui est en rapport de force face à un monde du travail subissant attaque après attaque une véritable dégradation des conditions de vie et de travail.
Pire, il est la cible de toutes les attaques Patronales et Gouvernementales pour lui imposer toujours plus de rigueur et de contrainte, alors même qu’il est le seul véritable créateur de richesse de notre pays.

Dans ce contexte pour le capital, le travail reste appréhendé comme un coût qu’il faut constamment réduire afin de maximiser toujours plus les profits.

Dès lors qu’il est à l’origine de la production des richesses et de la valeur ajoutée produite, le temps passé au travail aurait par ailleurs vocation à être sans cesse augmenté par différents leviers.

Pour cela, le patronat joue sur plusieurs tableaux : l’augmentation du temps de travail dans ses dimensions annuelle, mensuelle, hebdomadaire ; l’explosion de différentes formes de travail à temps partiel ; le recours aux heures supplémentaires ; la multiplication des temps de travail non déclarés ; la recherche continue du recul du droit au départ à la retraite…

Dans le même temps, comme pendant chaque période de crise, la réduction du temps de travail est massivement utilisée par le patronat et le gouvernement à travers la précarité, le chômage, les temps partiels imposés, l’utilisation massive du chômage partiel…

De telles évolutions concourent à une fracturation toujours plus grande de la société et du monde du travail, avec une généralisation de l’insécurité professionnelle permanente, la dégradation des conditions de travail, des salaires, des traitements, des pensions de retraite, qui ne permettent pas aux travailleurs et aux retraités de vivre décemment.

Pour la Cgt, d’autres choix sont nécessaires et possibles, fondés sur l’ambition de la transformation sociale et d’une conception émancipatrice du travail.

La réduction du temps de travail à 32 heures, encadrée, organisée et négociée est une nouvelle étape nécessaire pour travailler tous et mieux.

Une nouvelle étape pour :
- permettre à toutes et à tous de travailler par les créations d’emplois nécessaires à la satisfaction des besoins, des emplois de qualité, qualifiés et correctement rémunérés ;
- permettre au monde du travail et à ses organisations syndicales, par la démocratie au travail, par la démocratie sociale, de décider et de reprendre la main sur la manière dont la réduction du temps de travail doit être organisée ;
- créer les conditions de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, et de l’égalité dans l’articulation entre vie professionnelle et vie privée ;
- permettre aux salariés de disposer des temps nécessaires pour s’investir sous différentes formes dans la vie de la cité ;
- permettre à toutes et à tous d’accéder, sur le temps de travail, à la formation professionnelle tout au long de la carrière ;
- permettre enfin de révolutionner la manière de travailler, de se déplacer, de produire et de consommer, pour répondre à l’urgence de la mise en œuvre d’une nouvelle logique de développement respectueuse de la planète et garantissant aux générations d’aujourd’hui et de demain la satisfaction de leurs besoins.

À celles et ceux qui ont toujours prétendu et ne cessent de prétendre que la réduction du temps de travail serait non finançable, les propositions et revendications de la Cgt entendent apporter la démonstration contraire.

Cette bataille revendicative s’inscrit plus largement dans la construction du nouveau statut du travail salarié et de la sécurité sociale professionnelle.

La réduction du temps de travail, les 32 heures, c’est maintenant...
Ensemble apportons une nouvelle pierre à la construction de l’émancipation humaine.
Ensemble transformons le travail pour transformer la société.

Comparaisons internationales :
Pour en finir avec quelques idées reçues


Les statistiques d’Eurostat donnent pourtant à voir un tableau différent.

NOUS NE TRAVAILLONS PAS MOINS QUE NOS VOISINS

Deux idées sur le temps de travail sont particulièrement tenaces en France :
1) Les Français travailleraient moins que leurs voisins ;
2) La réduction du temps de travail « tuerait » l’économie.

Premier constat : pour les salariés (temps plein et temps partiel), la semaine type est de 37,4 heures en France.
Ce nombre est systématiquement inférieur chez nos voisins :
37,3 en Espagne, 37 en Italie et Belgique, 35 en Allemagne et 30,4 aux Pays-Bas !
Il est non seulement faux de dire que nous travaillons moins, mais c’est même l’inverse !

IL Y A UNE RELATION INVERSE ENTRE TEMPS DE TRAVAIL ET CHÔMAGE

Deuxième constat : les pays où le temps de travail est le plus faible sont aussi ceux qui affichent le taux de chômage le plus faible !
La réduction du temps de travail est bien un instrument de lutte contre le chômage. Le problème est que cette réduction est « sauvage » dans les pays concernés (près de 50 % de temps partiels aux Pays-Bas, « mini-jobs » et temps partiel subi en Allemagne), ce qui justifie d’autant une réduction coordonnée pour toutes et tous comme nous la Cgt le revendique.

La réduction du temps de travail, une question posée au niveau mondial

Contrairement à ce que cherchent à faire croire patronat et organisations politiques réactionnaires, la réduction du temps de travail n’est en rien une lubie française.
Elle constitue même un sujet d’ampleur mondiale.
Quelques exemples en la matière :
- En ALLEMAGNE, le président du syndicat IG Metall s’est prononcé en 2020 pour les 32 heures.
C’est également en Allemagne qu’en 2013 un appel de plus de 100 économistes et acteurs du mouvement social s’est positionné en faveur de la semaine de 30 heures,
au titre notamment de la lutte contre le chômage.
- En GRANDE-BRETAGNE, le leader du Parti travailliste a pris position en 2019 pour le passage à la semaine de 4 jours et aux 32 heures, sans perte de salaire.
- En ESPAGNE, en mars 2021, le gouvernement a décidé d’engager une expérimentation de la semaine de 4 jours, à 32 heures avec maintien des salaires. Cette expérience doit porter sur 200 entreprises et plusieurs milliers de salariés.
- Le mouvement « 4dayweek » mène campagne pour la réduction du temps de travail en NOUVELLE ZÉLANDE, en GRANDE BRETAGNE, aux USA et en IRLANDE.
- En octobre 2020, le comité exécutif de LA CONFÉDÉRATION EUROPÉENNE DES SYNDICATS s’est exprimé en ce sens : « La CES demande un agenda afin de coordonner les négociations pour une réduction de la semaine de travail sans réduction de salaire et des dispositions pour un contrôle du temps de travail, de la qualité de la vie professionnelle et de la sécurité des revenus en cas de maladie. »

Chômage et travail supplémentaire massifs :
l’absurde réalité actuelle

Si la durée légale du temps de travail en France est fixée à 35 heures hebdomadaires,
la durée habituelle moyenne par salarié est de 39 heures et celle des travailleurs à temps partiel de 23,5 heures.

24 % des cadres travaillent entre 45 et 48 heures, et 23 % travaillent 49 heures et plus par semaine.
Le nombre annuel d’heures supplémentaires est évalué à au moins 800 millions, soit l’équivalent de 500 000 emplois à temps plein.
Dans le même temps, temps partiel et chômage sont des réalités massives.
20 % des salariés sont à temps partiel, en très grande majorité des femmes (80 %).
60 % des travailleurs à temps partiel le subissent et souhaiteraient exercer leur activité à temps plein.
Plus de 500 000 salariés sont en intérim avec une durée moyenne de mission inférieure à deux semaines.
En tout, ce sont 6 millions de personnes qui sont privées d’emploi sans aucune activité ou avec une activité réduite.
Le « travailler moins, travailler mieux, travailler toutes et tous » prend donc tout son sens au regard de la situation actuelle.

32 propositions de la Cgt :
pour les 32 heures et la réduction du temps de travail

1) Pour produire un effet massif de baisse du chômage et d’augmentation du pouvoir d’achat, une nouvelle étape de réduction du temps de travail avec un cadre légal à 32 heures sans baisse de salaire et avec obligation de créations d’emplois.
2) Des droits et des pouvoirs nouveaux pour les salariés permettant, sur la base du cadre légal, de déterminer les modalités d’organisation de la réduction du temps de travail : augmentation des droits et moyens des élus et mandatés du personnel ; droit des IRP au recours suspensif en cas de non-respect des règles et procédures ; création de comités interentreprises donneurs d’ordre/sous-traitants ; droits de réunion collective renforcés.
3) Pour financer la baisse du temps de travail sans perte de salaire, il faut imposer le contrôle, la réorientation et la conditionnalité des aides publiques massives actuellement versées au patronat de manière permanente sans contrepartie sur l’emploi et les salaires.
4) Les conditions de création des gains de productivité et leur utilisation doivent entrer dans le champ de compétence des instances représentatives des personnels
5) La mise à contribution du capital et de ses revenus pour participer au financement d’une nouvelle phase de réduction du temps de travail.
6) Une politique salariale de rupture avec l’austérité passant par une autre appropriation de la valeur ajoutée produite et par la réorientation des aides publiques massives consacrées à encourager le travail supplémentaire (plus de 5 milliards d’euros).
Ces moyens budgétaires pourraient à la fois financer des revalorisations ans le secteur public et des mécanismes d’incitation aux augmentations de salaire dans les entreprises (proposition Cgt de modulation de l’impôt sur les sociétés en fonction notamment de la politique salariale des entreprises)
7) Instaurer pour les salariés un droit opposable au passage à 24 heures par semaine et 7 heures par jour.
8) Les aides d’urgences aux entreprises (en particulier le chômage partiel) doivent être conditionnées au maintien de l’emploi et des salaires, à l’amélioration des conditions de travail et de vie au travail, et au gel des dividendes.
Ces aides publiques pourraient notamment contribuer au maintien des emplois par des mécanismes de financement incitant à la réduction du temps de travail avec maintien de salaire.
9) Un droit de véto du comité social et économique (CSE) doit être instauré sur l’utilisation des aides publiques.
Il s’agit aussi de bien cibler les entreprises en difficulté et d’empêcher les effets d’aubaine conduisant à ce que les aides alimentent les profits et la spéculation boursière.
10) En tant qu’employeur et garant de la réponse aux besoins de service public, l’État et les employeurs publics doivent, par la réduction du temps de travail avec maintien de salaire accompagnée d’une politique de revalorisation salariale, engager une politique massive de créations de postes dans les services publics.
11) Un véritable déroulement de carrière pour toutes les femmes, un accès égal aux postes à responsabilité, la revalorisation des métiers à prédominance féminine.
12) Pénaliser financièrement le recours aux emplois en CDD, intérim ou à temps partiel, et assimiler tout emploi à un temps plein pour déterminer les conditions d’accès aux droits sociaux (Sécurité sociale notamment).
13) Supprimer les exonérations de cotisations patronales, rendre obligatoire leur paiement sur la base d’un temps complet et garantir les droits correspondants aux salariés
14) Garantir un temps de travail minimum effectif de 24 heures par semaine sans possibilité de dérogation et appliquer les mêmes règles de majoration des heures supplémentaires pour les salariés à temps partiel que pour ceux à temps plein.
15) Instaurer une indemnité de temps partiel.
16) Le temps de trajet entre deux emplois doit être considéré comme du temps de travail et toute coupure de plus de deux heures dans la journée doit déclencher une compensation salariale et/ou horaire.
17) Allonger les congés de paternité et de maternité, et le congé parental.
18) Développer un service public de proximité d’accueil des jeunes enfants, financièrement accessible à toutes et tous, ainsi qu’un service périscolaire pour la prise en charge des enfants à l’école dès l’âge de 2 ans.
19) Le renforcement des moyens d’intervention des salariés dans les entreprises et administrations, notamment par l’élargissement des compétences des instances de représentation à la dimension environnementale des modes d’organisation du travail et aux finalités de la production.
Cela nécessite notamment le rétablissement des CHSCT et le renforcement de leurs moyens et prérogatives, avec en particulier un droit de veto dans le cadre des réorganisations et restructurations.
20) Mettre en place un droit à la déconnexion avec des trêves de mails durant les temps de repos.
Ces plages de trêves doivent être supérieures au temps de repos des salariés et être fixées par accord de branche ou d’entreprise.
21) La prise en compte du temps réel de travail, avec le retour à la référence horaire pour mesurer le temps de travail, et un temps et une charge de travail respectant la santé des salariés.
22) Dans cette même logique, l’encadrement strict des forfaits jours pour garantir des
durées maximales de travail et le droit à la santé et à la sécurité.
23) Un niveau de rémunération correspondant aux qualifications et prenant en compte les sujétions demandées.
24) Instituer une négociation obligatoire sur l’usage des outils numériques et leur impact sur la charge, l’organisation et la durée du travail.
25) Renforcer la réglementation du télétravail et du nomadisme (système d’évaluation du temps et de la charge de travail, limitation des plages horaires durant lesquels le salarié peut être joint…).
26) Renforcer la réglementation sur les déplacements professionnels (temps de transport considéré comme du temps de travail, compensation obligatoire).
27) Des droits spécifiques en matière de réduction du temps pour les salariés les plus
exposés aux facteurs de pénibilité.
28) Que l’exposition à la pénibilité soit déterminée à partir de la réalité des conditions
de travail spécifiques à chaque métier, avec des garanties collectives sans seuil inaccessible à la quasi-totalité des travailleurs.
29) Un départ anticipé jusqu’à cinq ans avant 60 ans, avec un trimestre d’anticipation par année d’exposition, et jusqu’à dix ans pour certains métiers.
Le calcul de la pension doit aussi être abondé d’un trimestre supplémentaire, pour permettre un véritable droit au départ anticipé.
30) Dans la fonction publique, le maintien et l’amélioration du service actif pour tous les agents exposés à la pénibilité et à la dangerosité du fait des contraintes de leurs missions de service public.
31) Le maintien des dispositifs de départ anticipé propres aux régimes dits spéciaux, qui correspondent à des contraintes de service public et d’intérêt général.
32) L’intégration des dispositifs de sortie de l’emploi créés par des accords spécifiques du secteur privé dans un dispositif général de départ anticipé jusqu’à cinq ans pour pénibilité.

Fruit de décennies de luttes sociales, la réduction du temps de travail est une tendance continue.
Son histoire démontre la capacité des travailleurs à peser sur le cours des choses dans le sens du progrès social.
Alors que le chômage est massif et que les conditions de travail se dégradent, rien ne justifie une inversion de cette évolution et un allongement du temps de travail.

Au contraire, une nouvelle phase de la réduction du temps de travail est possible si des choix collectifs allant dans le sens de l’intérêt général sont opérés.
Cette nouvelle étape correspondrait tant aux besoins de celles et ceux qui s’épuisent au travail qu’aux intérêts de celles et ceux qui en sont privés.
Des centaines de milliers d’emplois pourraient ainsi être créés, permettant aussi de mieux répondre aux besoins sociaux.

Ce choix collectif bénéfique est possible à la condition que le fruit des richesses créées profite en priorité à la majorité et notamment à celles et ceux qui les produisent par leur travail.
Réparties au bénéfice du plus grand nombre, ces richesses peuvent aujourd’hui permettre de travailler toutes et tous, dans de meilleures conditions, de contribuer à préserver l’environnement, d’aller dans le sens de l’égalité femmes-hommes, et de mieux rémunérer le travail en augmentant les salaires.

Le temps des crises est aussi le temps des choix pour opérer les changements nécessaires.
En mettant en cause la logique capitaliste du profit, une phase supplémentaire dans la réduction du temps de travail serait aussi une nouvelle étape importante dans le combat pour en finir avec l’exploitation des êtres humains et de la nature.