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La vérité sur les pauvres "la fraude des pauvres est une pauvre fraude"

4 novembre 2013, par Lolo

Un petit livre édité par ATD Quart Monde s’appuie sur les enquêtes les plus rigoureuses pour balayer quatre-vingt-huit idées préconçues sur les
populations pauvres, trop souvent accusées de tous les maux.

1) Les pauvres sont des fraudeurs.

Faux. Ils fraudent beaucoup moins que les autres.
La fraude aux prestations sociales - souvent stigmatisée - est en effet très faible par rapport aux autres types de fraude.
La fraude à la CAF représente chaque année 698 millions d’euros. *
Une bagatelle à côté des 10 à 11 milliards de TVA qui échappent à l’État, du travail au noir des entreprises (entre 15,5 et 18,7 milliards de manque à gagner) et de l’impôt sur le revenu non déclaré (15 à 19 milliards).
« La fraude des pauvres est une pauvre fraude », estimait en 2011 le Conseil d’État. Pour preuve, en 2009 les services de l’État ont récupéré 60 millions de fraude au RSA, contre 2,989 milliards de fraude fiscale en 2011 ! _ Et à y regarder de vraiment près, on se rend compte que les classes populaires fraudent dans des proportions bien moindres que les classes aisées : si la fraude aux allocations familiales correspond à 1,2 % des sommes collectées, la fraude à l’impôt sur le revenu représente quant à elle 30 à 38 % des sommes.

2) Les pauvres font tout pour profiter au maximum des aides.

Faux. Beaucoup de pauvres n’ont d’ailleurs pas recours aux aides auxquelles ils auraient droit !
Ceci s’explique de diverses manières : volonté de ne pas dépendre de l’aide publique et de s’en sortir par soi-même, complexité des démarches, manque d’information...
À titre d’exemple, 50% des personnes éligibles au RSA ne demandent pas à en bénéficier, tout comme 29 % de ceux qui auraient le droit à la CMU complémentaire.

3) Les pauvres ne veulent pas travailler.

Faux. Il est courant d’entendre que la protection sociale en France crée des « trappes à inactivité » et décourage les bénéficiaires de minima sociaux de reprendre un emploi.
Pourtant les enquêtes de terrain démontrent qu’au contraire, la grande majorité souhaite travailler.
D’après le rapport de l’Onpes de mai 2013, « Penser l’assistance », plus des deux tiers des personnes en situation de pauvreté ont un emploi ou sont à la recherche d’un emploi.
Une autre enquête menée en 2009 par la direction générale du Trésor pointe que la valeur accordée au travail conduit la plupart des bénéficiaires à accepter la reprise d’un emploi, même sans gain financier immédiat.

4) On ne vit pas trop mal avec le RSA (et on peut gagner plus qu’avec le Smic).

Faux (et tout aussi faux).
Il n’est pas possible de vivre dignement avec le RSA aujourd’hui.
Examinons le cas d’un couple sans emploi, au RSA socle avec deux enfants : cette famille vit avec 871€ de RSA auxquels s’ajoutent 483€ d’aide personnalisée au logement, soit 1354 €. par mois.
Une situation qui lui donne droit à la CMU et aux tarifs sociaux. Sauf que la part des dépenses contraintes dans le budget des catégories les plus pauvres - loyer, téléphone, gaz et électricité, cantine, etc. - n’a cessé d’augmenter ces trente dernières années.
Si, en 1989, les dépenses contraintes représentaient 31% du budget des ménages pauvres, elles étaient de 42% en 2000 et de 48% en 2005.
Autant dire qu’il ne reste pas grand-chose dans le panier de cette famille à la fin du mois. À titre de comparaison, une famille touchant un Smic (1100 €) complété par un RSA activité (327€), des allocations familiales (127€) et des APL (368€) s’en sortira beaucoup mieux avec 1922 €uros de revenus, tout en ayant accès aux mêmes droits sociaux.

5) Avec la CMU, tout le monde a accès aux soins.

Faux. Dans son rapport d’activité 2009, le fonds CMU estimait que 29 % des bénéficiaires du RSA socle n’avaient pas accès à la couverture maladie universelle complémentaire (CMUC).
Et 70 % des personnes qui ont droit à l’aide à l’acquisition d’une complémentaire santé (ACS) n’en font pas la demande.
De plus, les bénéficiaires sont souvent mal perçus par le corps médical : selon le fonds CMU, un quart des médecins parisiens ont refusé en 2009 les patients bénéficiaires de la CMU.

6) Les étrangers sont attirés par notre protection sociale.

Faux, ils sont avant tout attirés par la perspective d’un travail.
Ce que confirme le rapport « Perspectives des migrations internationales 2013 » de l’OCDE paru cette année : « La plupart des immigrés ne viennent pas dans leur pays d’accueil pour pouvoir bénéficier des prestations sociales, mais pour trouver un emploi et améliorer leurs conditions de vie et celle de leur famille. »
D’autant qu’il faut être en possession depuis au moins cinq ans d’un titre de séjour pour bénéficier du RSA, et vivre depuis au moins dix ans en France pour percevoir le minimum vieillesse. Pour rappel, les travaux récents des économistes Xavier Chojnicki et Lionel Ragot montrent qu’en France l’immigration représente un coût de 68 milliards d’euros au titre des
prestations sociales, et des recettes de 72 milliards au titre des cotisations sociales et des impôts (chiffres pour 2005).
Cyrielle BLAIRE

le 17 octobre c’était la journée internationale du refus de la misère.

Deux chiffres :
- En 2012, les dépenses militaires mondiales se sont élevées à : 1756 milliards de dollars US (- 0,4% par rapport à 2011)
- En 2012, l’aide aux pays en développement s’est élevée à : 126 milliards de dollars US (- 4% par rapport à 2011).


Pour en savoir plus :
En finir avec les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté, Jean-Christophe Sarrot, Bruno Tardieu, Marie-France Zimmer, Éditions Quart Monde et Les Éditions de l’Atelier, août 2013, au prix de seulement 5 €uros.

Les idées reçues véhiculent bien des préjugés, sèment l’incompréhension et attisent le rejet. Les combattre est une obligation citoyenne, d’autant
que ce sont les plus pauvres qui en sont les principales victimes.

Philippe Warin, chercheur.

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