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Retraites complémentaires

mardi 19 mars 2013, par Lolo

Baisse du pouvoir d’achat pour 11 millions de retraités au 1er avril

Les partenaires sociaux sont parvenus mercredi soir à un protocole d’accord pour renflouer les caisses des régimes de retraite complémentaire. Mais ils n’évitent pas une baisse relative des pensions.

La note va être douloureuse pour des millions de retraités en cette période de crise. Leurs pensions ne vont pas suivre l’inflation. Après des heures de discussions, le patronat et les cinq syndicats CFDT, CFE-CGC, CFTC, FO et CGT, qui gèrent ces régimes, ont accepté un compromis à 21h mercredi. Pour être validé, le texte mis sur la table ne doit pas être rejeté par plus de trois syndicats. Tous ont affirmé qu’ils donneraient leur réponse dans les prochains jours, certains ont laissé entendre qu’ils pourraient l’approuver.

A l’ouverture de la séance, le Medef avait fait un geste en proposant une augmentation des cotisations, comme les syndicats le réclamaient en échange d’une baisse de pouvoir d’achat. Selon le texte définitif, transmis à la presse, les pensions augmenteront au 1er avril moins que l’inflation, soit 0,5% pour les cadres du privé (Agirc) et 0,8% pour les salariés du privé (Arrco). L’inflation prévue pour 2013 est à environ 1,75%. En 2014 et 2015, elles seront également moins revalorisées que l’inflation. Les cotisations acquittées par 18 millions d’actifs et les entreprises augmenteront quant à elles via le taux "contractuel" (ouvrant des droits à la retraite), de 0,1 point en 2014 et à nouveau de 0,1 point en 2015.

"L’effort n’est pas équilibré"

Au total, ces mesures permettront d’économiser environ 3 milliards d’euros à l’horizon 2017, faisant passer le déficit des régimes de 8,6 milliards à 5,5 milliards cette année-là, selon Jean-François Pilliard, le représentant du Medef. "La moindre revalorisation est une mesure indispensable (...), en même temps sur le plan humain, c’est une mesure qui évidemment pose problème", a-t-il dit, reconnaissant ne pas être "dans une négociation qui crée de l’enthousiasme".

Un accord utile, mais pas forcément suffisant "Il y a des mesures d’une efficacité relative", et "nous repoussons l’échéance de quelques années. C’est utile, je ne suis pas sûr que ce soit suffisant", a dit de son côté Jean-Louis Malys (CFDT). "Nous avons eu des signes positifs pour la pérennité des régimes", a estimé Philippe Pihet pour FO, reconnaissant que l’accord prévoyait "effectivement une diminution du pouvoir d’achat des retraités". "Il nous semblait essentiel de pouvoir dire à ceux qui ont une retraite déjà moindre qu’ils auront quand même une revalorisation", a souligné Pascale Coton (CFTC), se disant "plutôt optimiste". Pour Danièle Karniewicz (CFE-CGC), un effort est "demandé à tous les retraités, de façon importante" en particulier "aux classes moyennes". "L’effort n’est pas équilibré" et "pour moi ce n’est pas suffisant", a-t-elle jugé.

De son côté Eric Aubin (CGT) a affirmé que son organisation ne souhaitait pas "faire subir une nouvelle contrainte" aux retraités et "une baisse de pouvoir d’achat pendant trois ans", disant avoir un avis "négatif" sur le texte. Les partenaires sociaux étaient pressés de trouver une solution avant le 1er avril, date de revalorisation des pensions, pour assainir la situation financière délicate de ces régimes. Reste à savoir si les délais permettront d’appliquer l’accord à cette date. La CFTC donnera sa réponse lundi, tandis que la CFE-CGC attendra le 25 mars et FO le fera "dans les prochains jours.


Le secrétaire général de la CFDT s’est déclaré d’accord dimanche sur l’allongement de la durée de cotisation pour résorber les déficits des régimes de retraite, tout en estimant que "cela ne suffira(it) pas".

Le secrétaire général de la CFDTLaurent Berger s’est déclaré d’accord dimanche sur l’allongement de la durée de cotisation. Le but : résorber les déficits des régimes de retraite. Il a cependant estimé que "cela ne suffira(it) pas à faire une réforme des retraites d’ampleur". Rappelant lors du "grand rendez-vous" Europe 1/Aujourd’hui en France/iTélé que son syndicat s’était prononcé dès 2003 pour un allongement de la durée de cotisation, la piste de réforme évoquée successivement par François Hollande jeudi soir et par Jean-Marc Ayrault dans le JDD, M. Berger a estimé que d’autres paramètres devaient être pris en compte pour une véritable réforme.

"Ceux qui aujourd’hui nous disent que c’est l’allongement de la durée de cotisation qui est le paramètre le plus performant, ce n’était pas ce qu’ils pensaient en 2003 quand nous le pensions déjà", a-t-il dit, en référence à l’isolement syndical et politique de la CFDT au moment de la réforme Fillon. "Mais cela ne suffira pas à faire une réforme des retraites d’ampleur", a-t-il poursuivi.

"Il faut des mesures correctives"

"Il faut des mesures correctives (...) pour les femmes qui ont souvent des carrières plus morcelées, pour ceux qui commencent à travailler tôt, pour ceux qui ont des métiers pénibles (...) pour ceux qui ont des périodes de chômage, des systèmes de solidarité permettant de pouvoir rattraper quand vous n’avez pas cotisé suffisamment", a-t-il expliqué.

S’il s’est déclaré défavorable à une mise à contribution des retraités du régime général, au moyen par exemple d’une revalorisation des pensions moindre que l’inflation, comme les partenaires sociaux viennent de le décider sur les retraites complémentaires, le dirigeant de la CFDT s’est prononcé en faveur d’un effort des pensionnés pour financer la dépendance. "Qu’on mette à contribution les retraités sur d’autres besoins et notamment la question de la dépendance, en harmonisant les taux de CSG, la CFDT est pour, y compris la CFDT-retraités", a-t-il dit.

Que "le libre choix soit davantage possible"

Plus généralement "il faut un système (de retraite) beaucoup plus lisible où le libre choix soit davantage possible, il faut aller vers plus d’harmonisation des régimes", a-t-il ajouté, sans évoquer néanmoins une "réforme systémique" (régime par points ou en comptes notionnels) comme le faisait la CFDT auparavant.

Sur les allocations familiales, M. Berger s’est déclaré en faveur d’une mise à contribution des familles les plus aisées, avantagées par le quotient familial sur la feuille d’impôt, alors que les familles plus pauvres ne payant pas d’impôts ne bénéficient pas d’un tel avantage. "Nous proposons de remplacer ce quotient familial par une allocation forfaitaire par enfant", a-t-il dit, tout en souhaitant que des allocations familiales, même diminuées, continuent d’être versées aux plus riches, en respect de l’universalité de ces prestations.


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