VIRAGE HUMAIN

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VIVE LE SALAIRE !

5 avril 2012, par Lolo

Michel Cialdella
ancien administrateur CGT à la CPAM de Grenoble.
michel.cialdella@orange.fr

http://michel.lecitoyen.blogspot.com

Parce que les dogmes de l’ultra-libéralisme ont la vie dure, parce que l’augmentation des salaires est une réponse efficace à la crise, il nous paraît nécessaire de revenir sur des choses qui semblaient acquises par des décennies de luttes syndicales.

Le salaire direct
C’est celui que l’on voit inscrit au bas de la feuille de paie. Il est le résultat d’un rapport des forces. Il prend appuis sur les qualifications reconnues dans les conventions collectives et les statuts. Du coup il solidarise les salariés dans la lutte pour l’amélioration de leur pouvoir d’achat. La loi fait d’ailleurs obligation à l’employeur de négocier chaque année les salaires collectivement.

Le salaire indirect socialisé
Et non pas "salaire différé" comme on a pu le dire à une époque. Pour la simple raison qu’il est immédiatement « distribué » sans passage par un stock d’épargne ni par une institution financière.

C’est la partie du salaire versé par l’entreprise aux organismes de sécurité sociale pour répondre entre autres aux besoins de financement des retraites et des prestations sociales. C’est un salaire géré collectivement. Il n’est pas une charge mais un prélèvement sur la valeur ajoutée créée dans les entreprises par les salariés.

Il est la démonstration permanente depuis 1945 que l’on peut se passer des institutions financières. En clair c’est la preuve de l’inutilité du capitalisme.

Il a permis, en solvabilisant les salariés face aux dépenses de santé, de faire des progrès énormes dans ce domaine.

C’est une conquête essentielle.

Ce sont ces deux éléments : salaire direct et salaire socialisé qui forment le salaire que l’employeur nous doit chaque mois. Lorsque des entreprises ne versent pas aux URSSAF les cotisations sociales c’est un scandale de même importance que le non-paiement du salaire direct.

On comprendra que pour certains la preuve de l’inutilité du capitalisme est gênante et qu’ils préfèrent parler de « charges sociales ». Le vocabulaire n’étant pas neutre, il faut bannir de notre discours cette expression.

Il faut également bannir l’expression : Le coût du travail  : l’expression est passée dans le langage courant, mais pour autant elle n’est pas juste. Le travail humain et seulement le travail humain produit des richesses et pas seulement des richesses monétaires. Il ne manquerait plus qu’il ne soit pas payé ! Il me semble qu’en France on ait aboli l’esclavage. Rappelons ici que les salariés créent également le profit, mais de cela les tenants du système n’en parlent pas au motif que ça n’est pas un coût ! Mais si pour le consommateur !

Depuis une vingtaine d’années, les salariés, en ne se battant pas ou peu pour l’augmentation général des salaires ont plus ou moins permis que se dégrade le rapport Salaire / Valeur Ajoutée.

En effet, à la fin des années 1970 la part des salaires représentait 70% de la Valeur Ajoutée ( ensemble des richesses créées par les salariés ).
En 2012 les salaires ne représentent plus que 60% de cette Valeur Ajoutée. Ce recul de 10% représentent aujourd’hui 200 milliards d’euros (1) dont 80 mds € iraient aux 3 branches de la Sécurité sociale dont le déficit global pour 2010 est de 25,5 milliards (2).

Nous touchons là, à la logique capitaliste du partage des richesses c’est cela qu’il nous faut changer. Nous sommes les "partageux" du 21e siècle.


1) Calcul à la louche :le PIB en 2012 : près de 2000 milliards. Si les salaires représentent 70% du PIB cela représente 1400 mds €. A 60% ils s’élèvent à 1200 mds €. Soit un manque à gagner de 200 milliards €.
2) tous régimes et toute branches confondue. Source la DREES.