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Autoroutes !!! Chut ne parlons pas d’un sujet qui ne fache que ceux qui l’utilisent...

26 février, par Lolo

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Lolo
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L’histoire commence en 2000, sous le gouvernement Jospin qui décide d’ouvrir au privé le capital des sociétés d’économie mixte concessionnaires d’autoroutes jusqu’ici entièrement détenu par l’État.
Mais l’État reste l’actionnaire majoritaire.

En 2003, le ministre des Transports, Gilles de Robien, propose d’utiliser l’argent des péages pour financer l’aménagement du réseau routier mais aussi du ferroviaire.
Une cagnotte qui serait gérée par une Agence de financement des infrastructures de transport.

"La dette des autoroutes baissait, plusieurs millions voire milliards de dividendes allaient commencer à entrer dans les caisses de l’État, explique Gilles de Robien.
Cela représentait des recettes nouvelles pour l’Agence qui allait financer les infrastructures.
Cela me paraissait logique."

Oui mais l’ultra libéralisme de droite reprend vite le dessus et c’est donc en 2005 sous la Présidence de Chirac que le Premier ministre Dominique de Villepin et son ministre des Finances, Thierry Breton, optent pour la privatisation, au nom de la "modernisation des infrastructures" et du "désendettement de la France".

Donc en 2006, l’État vend bien en dessous de sa valeur réel ses participations dans les sociétés concessionnaires d’autoroutes aux groupes Vinci, Eiffage et Abertis.

Et voilà comment un bijou de famille, un élément du patrimoine, un bien commun, a été brader aux profits des actionnaires privés.

En 2019, le référé de la Cour des comptes épinglait déjà l’État et son plan de relance autoroutier (PRA).
Signé en 2015 entre le gouvernement d’Hollande d’un côté et les concessionnaires autoroutiers de l’autre alors même que cette privatisation était déjà très contestée.

Pire une note commandée par Hollande en début de mandat fait état d’une concession très juteuse pour les concessionnaires des autoroutes et surtout pour les actionnaires.

Une note intitulé « le rachat par l’État des concessions autoroutières »… pointe que :
« depuis leurs privatisation les société concessionnaire d’autoroutes sont devenues de véritable vache à lait pour leurs actionnaires »…
En voilà un extrait, pour lire l’intégralité voire en bas de l’article.

« La privatisation des société concessionnaires d’autoroutes (SCA) a eu pour résultat - prévisible - de placer la logique de profit au cœur de leurs préoccupation, au détriment dans certain cas, de la qualité du service rendu mais aussi de l’accès du plus grand nombre à un service public de plus en plus cher.
Les Français acceptent d’autant plus mal l’augmentation des péages – entre 10 et 20% selon la société et les classes tarifaire sur la seule période 2005/2010 - qu’ils ont le sentiment – largement justifié – qu’une part croissante de ces hausses sert à enrichir les actionnaires privés. Les chiffres leur donnent raison. »
…« La croissance du chiffre d’affaires des concessionnaires ne s’est jamais démentie, … de sorte que les performances financières de SCA atteignent des niveau exceptionnels.
En 2010 par exemple l’excédent brut d’exploitation cumulé des 3 groupes privatisés a atteint 5,2Mds€ pour un chiffre d’affaire global de 7,7Mds€ soit une marge d’EBE moyenné de 68%.
Le bénéfice cumulé a augmenté de 30% entre 2005 et 2009 de sorte qu’en 2010, les résultats nets additionnés des trois groupes privatisés s’élevaient à 1,4Md€, soit une marge nette moyenne annuelle de près de 19%.
Cela alors que la durée résiduelle des concessions actuelle est de 20 ans et que l’essentiel du réseau est déjà amorti. »…
...Ces niveaux de profitabilité sont exceptionnels.
Ils posent la question de l’acceptabilité sociale et politique de tels niveaux d’enrichissement au profit de quelque actionnaires privés dans l’exploitation d’un service public.
Ils conduisent à s’interroger sur le niveau de plus en plus confiscatoire des péages au détriment des ménages et de la collectivité publique dans un « contexte aigu de crise des finances publiques et de stagnation du pouvoir d’achat des ménages »…
...« Ces données illustrent la triple erreur de la privatisation des autoroutes :
- Elle a conduit l’État à brader un actif autoroutier cédé pour moins de 15Mds€ entre 2002 et 2006 alors que la valeur cumulée des dividendes futures attendu (en euros courants) sur la durée des concessions (2006-2032) était estimé à 43,5Mds…
- Elle a fait des usagers les grands perdants de la privatisation avec des hausses tarifaires abusives…
- Elle a privé les pouvoirs publics des leviers nécessaires à une gestion dynamique de la politique tarifaire… »

Et bien non, le Président Hollande en conscience et comme si les actionnaires ne s’étaient pas déjà suffisamment gavés, offre un nouveau jackpot de 15 milliards d’euros pour les concessionnaires d’autoroutes.

Ainsi le 9 avril 2015, Le gouvernement Valls, la ministre de l’Écologie, Ségolène Royal, et le ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, signent un protocole d’accord avec les représentants des sociétés d’autoroutes.

Il est donc consenti un allongement d’un à plus de trois ans de la durée des concessions.
En échange, les sociétés d’autoroutes, comme Vinci, Eiffage et Abertis, doivent réaliser pour 3,2 milliards d’euros de travaux d’amélioration du réseau d’ici 2024.

Malgré les déclarations publiques, au final, ce gel des tarifs des péages pour 2015 se traduira, selon l’Arafer, par un surcoût de 500 millions d’euros pour les automobilistes.

Pire, la Cour des comptes a fait ses calculs.
Aux 3,2 milliards d’euros d’investissement pour élargir certains tronçons autoroutes, rénover des ouvrages d’art ou reconfigurer des échangeurs, les concessionnaires vont récupérer une quinzaine de milliards d’euros de recettes supplémentaires grâce à des concessions plus longues. Soit un euro investi pour presque cinq euros gagnés.

Et le comble est atteint quand la Cour relève en 2019 que plusieurs chantiers auraient dû être réalisés dans le cadre des contrats de concession initiaux et non à travers le fameux plan de relance.
En clair, l’État a payé deux fois les mêmes travaux !
Des doublons présents dans deux autres contrats du même type : le « paquet vert » (1 milliard d’euros) signé en 2010 et le plan d’investissement autoroutier (PIA) (700 millions d’euros) signé en 2016.
Pis, la Cour a découvert un cas de travaux programmé dans le cadre du plan de relance alors que le concessionnaire s’était engagé à financer le chantier auprès des collectivités territoriales concernées.

Le capitalisme n’est n’a jamais assez, nous voilà donc maintenant face à des routes nationales très convoitées...

En effet, 2 600 kilomètres d’autoroutes n’ont pas encore été concédés au privé, sans compter le réseau routier national qui représente près de 10 000 kilomètres.

Du coup le 15 août est paru au Journal Officiel un décret, signé par le Premier ministre Jean Castex.
Ce décret est on ne peut plus explicite : les sociétés qui gèrent les autoroutes pourront se voir chargées de l’entretien de tronçons de routes nationales qui mènent aux autoroutes.
Ces tronçons-là seront donc classés comme “autoroutes” par la loi et gérées par les sociétés privées concessionnaires.



Aujourd’hui, le secteur autoroutier représente un chiffre d’affaires de 10 milliards d’euros, un bénéfice net de près de trois milliards d’euros, des dividendes de 1,7 milliards en 2017 (4,7 milliards en 2016) et une marge brute de plus de 70 %.
De leur côté, les sociétés d’autoroutes mettent en avant "le montant des investissements que les sociétés se sont engagées à faire pour sécuriser, moderniser et développer le réseau.
Cinq milliards d’euros d’investissements supplémentaires inscrits dans les contrats quinquennaux des sociétés privatisées.
Entre 2006 et 2018, ce sont 24 milliards d’euros qui ont été investis pour améliorer et sécuriser les autoroutes française", dit l’ASFA
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