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Parlons de laïcité...

3 décembre 2020, par Lolo

Ces dernières années, notre pays a connu des évènements dramatiques.

De très nombreux discours populistes et des propositions de Loi qui visent à restreindre de plus en plus nos liberté au non du tout sécuritaire ce font jour.

Or ces discours, et les Lois qui en découlent souvent inapplicables son prises dans l’urgence et l’émotion, jouent souvent sur les inquiétudes légitimes de ceux qui souffrent et trouvent un écho en entretenant la peur de l’autre et en pointant des boucs émissaires.

Être dans la compréhension permanente des valeurs d’accueil, de respect, de partage, de tolérance et de fraternité que porte notre organisation, demande souvent beaucoup de vigilance mais aussi de lucidité, particulièrement dans un contexte économique et social aggravé et notamment par la crise sanitaire.

Pourtant, force est de constater que les références à la laïcité sont souvent dévoyées et tournent le dos à l’esprit de la Déclaration des droits de l’homme, de la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905 ou même à la Constitution.

La laïcité n’a pas pour objectif de restreindre les libertés, mais au contraire de les garantir.

La Cgt est très attachée aux libertés, individuelles, de conscience, d’expression ou syndicales, et parce qu’il ne faut pas renoncer à faire vivre les principes laïques, ni les appliquer à géométrie variable, selon les situations.

La laïcité est une qualité conférée à la République française par la constitution :
« La France est une République (…) laïque (…).
Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction (…) de religion. Elle respecte toutes les croyances. »

En ce sens, c’est une notion juridique à deux versants indissociables :
d’un côté la neutralité de l’Etat, de l’autre la liberté religieuse dans la cité et notamment dans l’entreprise.

La laïcité est liée aux valeurs de la République :
- la laïcité permet la liberté de conscience, la liberté de croire ou de ne pas croire et la liberté d’expression de ses choix (religieux, philosophiques, politiques…) ;
- la laïcité assure l’égalité de tous les citoyens devant la loi, notamment dans l’accès et l’usage des services publics quel que soit le choix des personnes ;
- la laïcité favorise la vie en commun, la fraternité dans la société entre des personnes aux choix différents.

la laïcité n’est pas le rejet de l’autre…

La loi de 1905 sur la laïcité retire les Églises de la tutelle de l’État.
Il n’y a donc plus de religion officielle – comme c’était le cas auparavant pour la religion catholique.
Elle reconnaît la liberté de culte et la liberté de conscience, c’est-à-dire de croire ou de ne pas croire, d’avoir une religion, de changer de religion ou de ne pas avoir de religion

Son article premier indique ainsi que « la république assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées dans l’intérêt de l’ordre public ».
L’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme précise quant à lui que « toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites ».

Cette liberté de conscience et de culte signifie que la liberté de pratiquer sa religion est reconnue et qu’il est possible de le faire publiquement, pour peu qu’on ne trouble pas l’ordre public.

La laïcité n’est ni l’éradication de la religion, ni son renvoi dans une stricte sphère privée : c’est le moyen de favoriser le vivre ensemble.

Notre préoccupation, c’est le respect de certaines valeurs et la volonté de faire avancer ensemble le progrès social en ne plaçant aucune opinion au-dessus des autres, contribuant ainsi à l’égalité républicaine.
Chacun reste libre de son expression publique dès lors qu’elle ne met pas en cause d’autres libertés.

La laïcité, une histoire Française qui vient de loin...

« La République assure la liberté de conscience.
Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées (...) dans l’intérêt de l’ordre public.
La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. »

L’histoire de la laïcité s’inscrit, sans totalement l’épouser, dans l’épaisseur du long processus historique de sécularisation des sociétés contemporaines.
Questionner les premières expressions de l’idée laïque conduit nécessairement à évoquer la figure de ces pionniers de la liberté de conscience que furent dès le XVIe siècle les dissidents religieux qui, dans le bouillonnement des réformations protestantes ou catholiques, se trouvèrent confrontées à la répression des Églises officielles et des États.

Au-delà de la spécificité de leurs orientations théologiques, ces minorités religieuses (baptistes, piétistes, etc.), en réclamant que l’État s’abstienne de toute intervention dans la vie des communautés chrétiennes, propagèrent un idéal de tolérance et de
liberté religieuse, qui irrigua largement par la suite le milieu des « Lumières ».
Établissement de la laïcité dans la société.

La Révolution française pose des premiers jalons.
Elle dépouille d’abord la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de la
présence de Dieu !
En proclamant que « nul ne peut être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu qu’il ne porte pas atteinte à l’ordre public », les révolutionnaires introduisent le principe de la liberté religieuse et fondent la reconnaissance de la citoyenneté sur des critères qui ne sont plus religieux.
Si la religion occupe une place centrale dans les débats qui agitent les révolutionnaires, ceux-ci peinent à dessiner une réponse pérenne.

Il reste néanmoins dans leur œuvre quelques traces durables d’éléments de laïcisation de la société qu’on retrouve par exemple dans les actes de procédures en matière d’état civil et de mariage ou de divorce (lois organiques, 1802) ou dans l’élimination au sein du Code civil de toute référence religieuse.

La période qui s’étend de la chute de l’Empire (1814) à l’instauration définitive de la République (1875) est décisive pour la cristallisation des futures identités politiques françaises.
Les rapports à la religion, ou plutôt entre la religion, la société et l’État déterminent pour une large part les attitudes des uns et des autres.
Face à un catholicisme militant, conservateur voire contre-révolutionnaire, une large fraction de la population considère en revanche que la religion est une affaire individuelle et non une dimension de l’identité institutionnelle de la France.
Les républicains, en restant fidèles à l’héritage révolutionnaire, reprennent le flambeau de ce combat.
L’adoption en 1850 de lois réactionnaires (loi de Parieu, 11 janvier et loi Falloux, 15 mars) en matière d’enseignement aiguise les affrontements et fait de l’école le lieu symbolique du combat laïque.

Les combats laïques de la Troisième République
La République n’est donc plus seulement le régime « qui nous divise le moins »
(Adolphe Thiers), elle devient le principe vivant du combat qui, au nom des valeurs
de 1789, vise à réduire l’influence politique et sociale de l’Église catholique.
Élaboré entre 1880 et 1886, un ensemble de lois instaure l’école gratuite, obligatoire et laïque pour les garçons et les filles.
Mais d’autres domaines sont concernés également par cette œuvre de laïcisation.
Les hôpitaux, les tribunaux, les services publics de manière générale sont à leur tour très largement sécularisés.

Enfin, la loi du 9 décembre 1905 parachève cet édifice législatif en proclamant la séparation des Églises et de l’État par la loi du 9 décembre 1905, dont les articles I et II indiquent :
« La République assure la liberté de conscience.
Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées (...) dans l’intérêt de l’ordre public.
La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. »

Laïcité et mouvement syndical Fondée en 1895, la jeune Cgt de l’époque met l’État à distance de ses préoccupations et professe un dédain profond pour la démocratie.
Les questions scolaires l’intéressent peu et la Cgt accueille sans enthousiasme la loi de 1905.

Mais l’effacement du syndicalisme révolutionnaire après la Première Guerre mondiale modifie la donne.
La Cgt et la CgtU, née de la scission de 1921, inscrivent à l’ordre du jour de leur action la défense de l’école laïque.
Et en 1936, le programme scolaire du Front populaire reçoit l’appui de la Cgt réunifiée.
Né de la défaite, le régime de Vichy offre sa revanche à la réaction française et le cléricalisme triomphe.

Les défis posés par la Libération à la Cgt sont immenses.
Il faut d’abord certes relever le pays mais il faut aussi, sur les décombres de l’État français, renouveler profondément la République !

La Cgt s’y attelle en contribuant activement à l’abrogation des lois favorables à l’enseignement privé en 1945 et en participant avec la Fédération générale de l’enseignement à l’élaboration du plan Langevin-Wallon de démocratisation de l’enseignement.

Mais la guerre froide, les guerres coloniales et l’arrivée du général de Gaulle en 1958 interrompent cet effort en faveur d’une école laïque pour tous et contribuent pour longtemps à déplacer les axes de réflexion et d’intervention syndicale.


En savoir plus...

L’entreprise doit-elle comme l’État se concevoir comme laïque avec les devoirs de neutralité qui s’imposent ?
Cette question a été tranchée par l’autorité judiciaire :
l’État est laïc, pas les personnes ni les sociétés privées, et le droit du travail ne préconise pas de neutralité religieuse.

Pourtant, bon nombre de directions veulent encadrer le fait religieux dans l’entreprise par des chartes ou des règlements intérieurs.

Sur quelle bases le syndicat peut-il se positionner et agir tout en travaillant à l’unité des salariés autour de leurs revendications ?

Lire la suite lors du prochain article sur cette question...