VIRAGE HUMAIN

Accueil > Un Choix de Société > Tout change ? 

Version imprimable de cet article IMPRIMER

Tout change ?

25 mai, par Lolo

Voici le 1er article d’une série qui devrait en compter 5 pour intervenir dans le débat du "jour d’après" chère au Président des Ultra Riches...

Voir Aussi...

Tout change ?...ICI
II - Une autre sortie de crise est possible...ICI
III - Répondre aux urgences environnementales...ICI
IV - Dette, système bancaire et politique monétaire : faire autrement…ICI
V - Quel financement ? ICI...

La pandémie du covid-19, qui a débouché sur une crise sanitaire d’ampleur, met en évidence les failles de notre système socio-économique et signe la faillite des stratégies néolibérales menées avec constance par la plupart des gouvernements depuis plus de trois décennies.

Elle montre a contrario l’importance de services publics de qualité, de systèmes de sécurité et protection sociale étoffés et confirme la nécessité de l’action publique.
Un autre effet collatéral de cette crise est qu’elle a permis, à travers le ralentissement de l’activité économique induit par le confinement, de réduire le niveau de pollution et d‘émission de gaz à effet de serre.

Là où les gouvernements peinaient à adopter des mesures propres à tenir leurs engagements en matière climatique, la lutte contre le virus les y a contraint ; certes à leur corps défendant et dans la pire des conditions, mais démonstration est ainsi faîte qu’il n’y a là rien d’inéluctable.

Au-delà des drames humains, cette crise aura toutefois un impact probablement considérable sur l’économie réelle et sur la vie des populations : baisse du PIB, faillites d’entreprises, explosion du chômage, perte de revenus.

Et les catégories les plus démunies, les plus fragiles et les plus précaires en subiront plus que d’autres les effets.

Alors que l’on ne sait pas encore quelle sera la durée de cette pandémie et donc l’ampleur effective de ses conséquences économiques et sociales, il y a urgence à réfléchir à l’après et à préparer les mesures qui permettront d’en limiter les dégâts en relançant l’activité économique, l’emploi et le pouvoir d’achat.

Toute la question est de savoir comment : fermer au plus vite cette mauvaise parenthèse et renouer avec les politiques antérieures ou profiter de cette crise pour changer de paradigme en remettant les besoins humains plutôt que l’intérêt du capital au cœur des processus productifs et en intégrant les nécessités de la transition écologique ?

Première vue, la violence de cette crise et de ses conséquences semble avoir ouvert les yeux de beaucoup sur la nécessité de ne plus continuer comme avant.
Même le président Macron l’a reconnu officiellement. « Il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour (…)
Les prochaines semaines et les prochains mois nécessiteront des décisions de rupture en ce sens.
Je les assumerai. » déclarait-il le 12 mars.
Il était même plus précis :
« Ce que révèle d’ores et déjà cette pandémie, c’est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre État-providence ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux (…)
Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché.
Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, notre cadre de vie au fond à d’autres est une folie. »
Quel aveu !
Reconnaîtrait-il donc qu’il a eu tout faux jusqu’à présent ?

L’expérience nous a malheureusement appris à n’accorder qu’une crédibilité limitée à la parole publique.
Sans remonter bien loin, que d’engagements n’avons-nous pas entendus, lors de la crise financière de 2008, sur la mise au pas de la finance.
Pourtant dès que celle-ci a été tirée d’affaire, grâce à l’intervention massive des États, c’est à nouveau elle qui a dicté sa loi et les velléités de réforme se sont vite évanouies.

Mais surtout, les actes du gouvernement n’accréditent pas la réalité d’un tel revirement.

SUR LES 110 MILLIARDS DÉBLOQUÉS POUR L’ÉCONOMIE,
SEULS 8 MILLIARDS SERONT DESTINÉS À L’HÔPITAL
(POUR PAYER LES HEURES SUPPLÉMENTAIRES DES SOIGNANTS ET LES ÉQUIPER DE MASQUES),
UNE SOMME DÉRISOIRE PAR RAPPORT AU BUDGET DE LA SANTÉ (200 MILLIARDS D’EUROS ENVIRON),
INCLUANT EN OUTRE LES INDEMNITÉS JOURNALIÈRES VERSÉES
AUX PERSONNES QUI SE METTENT EN ARRÊT MALADIE POUR GARDER LEURS ENFANTS,
ET SEULEMENT 1 MILLIARD EST CONSACRÉ AUX MESURES DE SOUTIEN AUX MÉNAGES LES PLUS DÉMUNIS.

Les milliards qu’il a mis sur la table visent davantage à protéger les entreprises et éviter leur faillite dans la perspective de maintien de la rentabilité du capital plutôt qu’à maintenir les revenus des travailleuses et travailleurs, et notamment des plus précaires.

20 milliards ont par ailleurs été votés dans la Loi de finances rectificative pour le sauvetage de grandes entreprises qui contribuent fortement au dérèglement climatique sans que cette aide soit conditionnée au moindre engage- ment social ou écologique.

Si l’on avait encore quelques doutes, le ministre de l’Économie s’est chargé de les dissiper en précisant qu’il n’était pas question de revenir sur les mesures fiscales adoptées au début du quinquennat (suppression de l’ISF, prélèvement forfaitaire unique sur les revenus des capitaux...).

La solidarité a ses limites !
D’ailleurs son collègue du Budget préfère en appeler à la charité des grandes fortunes plutôt que leur imposer des hausses d’impôt.

Il est donc très probable que, dès que la crise sanitaire lui en laissera la possibilité, le gouvernement cherche à faire redémarrer l’activité économique telle qu’elle fonctionnait avant et n’infléchisse qu’à la marge sa politique.
Pire, il pourrait être tenté par la stratégie du choc : profiter de la sidération et de la démobilisation provoquées par le drame actuel pour imposer de nouveaux reculs sociaux.

C’est le scénario qui avait prévalu après la crise financière, notamment en Europe.
Les gouvernements ont alors profité de la hausse des dettes publiques provoquée par le sauvetage des banques et de la crise de l’euro qui s’en est suivie pour accélérer la mise en œuvre des réformes néolibérales (plans d’austérité, démantèlement des services publics et de la protection sociale, flexibilisation du marché du travail...).

L’utilisation de l’état d’urgence sanitaire pour modifier certaines règles du Code du travail, même si ce n’est pour l’instant que temporaire, n’est à cet égard pas de bon augure.

Les réflexions que mène la Caisse des dépôts et consignations, à la demande d’Emmanuel Macron, sur l’hôpital public soulèvent le même doute puisqu’elles visent ni plus ni moins qu’à accélérer la privatisation et la marchandisation de la santé.

Il y a certaines annonces ces derniers jours, notamment sur la question des salaires, les concertations du "Ségur de la santé" (1), qui s’ouvre lundi 25 mai pour sept semaines, la question de la réforme des retraites et de l’assurance chômage, qui montre combien l’intervention massive des salariés sur les questions sociales est pertinente...
Ne laissons pas le MEDEF, le capital et la finance reprendre la main…

Pour passer des paroles aux actes…
Une mobilisation importante du monde salariale est primordiale.

L’affiche...


(1) Elles seront coordonnées par l’ex-secrétaire générale de la CFDT Nicole Notat.