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Une situation économique comparable à 1929...

24 mars, par Lolo

Lors d’une conférence de presse organisée ce mardi 24 mars, le ministre de l’Économie, annonce que « La situation est comparable à 1929 » et les économistes de prédire une chute de 5 % du PIB, alors même que le comité scientifique vient de préconiser une période de confinement de 6 semaines.

Une récession mondiale "De ce point de vue-là, la crise à laquelle nous sommes confrontés, parce qu’elle touche l’économie réelle, parce qu’elle est mondiale, parce qu’elle peut avoir un impact très durable sur les chaînes de valeur dans le monde, n’est comparable, à mon sens, qu’à la grande récession de 1929"

Tous les secteurs de l’économie sont touchés par la récession « l’industrie tourne à 25% de ses capacités », il ne prévoit pas de rebond rapide de l’activité en sortie de crise.

Dans le même temps, le Parlement a adopté définitivement, dimanche 22 mars, le projet de loi permettant l’instauration d’un "état d’urgence sanitaire".
Et cela pour une période de 2 mois.

L’employeur grâce à un accord d’entreprise ou de branche pourra imposer les congés dans la limite de six jours ouvrables.
Seuls sont concernés les congés qui devaient être pris avant le 31 mai 2020.
Concernant les RTT, l’employeur est libre d’imposer ou de modifier des dates sans délai et sans passer par un accord préalable dans l’entreprise.

L’article 7 du projet de loi dispose que, par ordonnances, le gouvernement pourra "permettre aux entreprises de secteurs particulièrement nécessaires à la sécurité de la Nation ou à la continuité de la vie économique et sociale de déroger aux règles d’ordre public et aux stipulations conventionnelles relatives à la durée du travail, au repos hebdomadaire et au repos dominical".
Un décret devrait en préciser la liste. Dans tous les cas, la durée maximale hebdomadaire ne devra pas dépasser 48 heures, conformément à une directive européenne.

Les mesures prisent sécurisent surtout les employeurs, avec force dérogatoires au droit du travail.
Au non de l’union sacré, le gouvernement ouvre la boite de pandore en accordant des dérogations inacceptables aux patronats sur certains acquis sociaux.
"Confinement n’est pas congés" : Il est intolérable de contraindre les salariés confinés aux congés ou RTT, ou pour que soient détricotés les 35 heures et le repos dominical, et en profiter pour accentuer les amplitudes de travail .

Tout ceci, augure mal des conséquences d’une crise économique sur le monde salarial post confinement.
Au nom du sacrifice pour la Nation et le Capital, les salarié(e)s connaitront des heures sombres, et pour reprendre une phrase célèbre de W Churchill en 1940 "Du sang, du labeur, des larmes et de la sueur"
Après tout, selon notre Président ne sommes nous pas en guerre ?...

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Crise Boursière :
La fragilité de notre économie

Des milliards partis en fumée en quelques jours

A la fin de l’année 2019, le CAC 40 atteignait des sommets et passait pour la première fois la barre des 6 000 points depuis 2007.
Loin du triomphalisme ambiant, nous avions alerté sur le fait que les pics boursiers précédaient généralement les crises financières.
Il semblerait que les prémices de cette crise s’installent.
Le CAC 40, indice phare de la Bourse de Paris a perdu près de 30% entre le 19 février et le 9 mars.
L’indice a chuté de 8,39% pour la seule journée du 9 mars, repassant largement sous les 5 000 points.
Le 12 mars, le CAC 40 plonge encore de plus de 10% au cours de la journée, et va jusqu’à frôler les 4 000 points.

Pour avoir quelques chiffres de référence, depuis le 19 février, la capitalisation des entreprises du CAC 40 a fondu de 453 milliards d’euros.
Rien que pour LVMH, l’entreprise de Bernard Arnault, la perte de capitalisation est de 220 milliards par rapport à son sommet atteint à la mi-janvier.
Notons que ces valeurs varient de plusieurs milliards chaque secondes étant donné la volatilité des prix et la spéculation.

Bulle spéculative

Comme nous l’avons rappelé, avant l’arrivée de l’épidémie, les marchés financiers étaient au plus haut.
La situation était la suivante : Les obligations d’Etat affichent des taux d’intérêts très faibles voire négatifs or les plus riches, notamment les banques, sont abreuvés de liquidités abondantes par les banques centrales.
Les différents fonds d’investissements se sont donc rués sur le marché des actions par défaut, sans justification économique rationnelle.
Tout le monde était conscient que la valeur des actions était totalement déconnectée de la valeur réelle des entreprises.
De nombreux spéculateurs étaient en situation de plus-value sur leurs « investissements ».
Ils n’ont donc pas hésité à se désengager très rapidement en revendant en urgence leurs actions dès les premiers risques.
Voilà ce à quoi s’exposent les entreprises sur les marchés financiers, être détenues par des spéculateurs qui n’ont que faire de la pérennité de l’entreprises et qui fuient à la première secousse.
L’éclatement de cette bulle spéculative repose également la question du rôle d’intermédiaire des banques et de leur responsabilité dans la création monétaire.

Dépendance, la fragilisation de notre économie

Certains analystes ont peut-être été aveuglés par les performances de l’indice boursier du CAC 40 et avaient oublié les fragilités de notre économie réelle.
Cette crise ne fait que confirmer nos craintes et appuie nos revendications
Tout d’abord, bien que l’épidémie fût au départ limitée à la Chine, elle a eu de suite des répercussions sur notre économie du fait de notre dépendance à la production chinoise.
Le premier facteur de dépendance est que la Chine est un client très important pour les exportations françaises et plus globalement, européennes.
La paralysie de l’économie chinoise a donc fait perdre de nombreux marchés aux entreprises françaises.
D’autre part, la Chine produit énormément de produits intermédiaires, c’est-à-dire des pièces utilisées dans la production de produits finis par les entreprises occidentales.
Sans la Chine, de nombreuses entreprises ne sont donc pas en capacité d’assurer leur production.
C’est notamment le cas pour de nombreux médicaments, dont les principes actifs sont majoritairement produits en Chine.
En effet, de nombreuses usines de médicaments ont été délocalisées en Chine, les actionnaires traquant les coûts salariaux les plus faibles.
Il est évident que cela pose une question d’indépendance et d’autonomie.
L’ampleur des problèmes soulevés par cette crise boursière est une nouvelle preuve que le modèle économique libéral est à bout de souffle.
La relocalisation de notre production, notamment par l’introduction de clauses sociales et environnementales, est donc une priorité pour assurer la stabilité de notre économie.

Crise Boursière :
Quelles réponses des pouvoirs publics ?

Le patronat redécouvre les vertus de l’intervention de l’Etat

Depuis les prémices de cette crise, les gouvernements, accompagnés d’autres institutions économiques comme les banques centrales cherchent à en limiter l’ampleur autant que possible.
Il est clair qu’un soutien de l’Etat est nécessaire pour que cette crise ne soit que passagère et que les stigmates ne soient pas trop profonds.
Pour autant il est assez cocasse que les plus fervents défenseurs du libéralisme et de la non intervention de l’Etat soient aujourd’hui les premiers à crier au secours pour obtenir un soutien financier de l’Etat et des banques centrales.
Si l’intervention publique est indispensable en temps de crise, elle l’est tout autant en dehors des crises.
Certaines grandes entreprises et actionnaires prennent tous les risques en période de croissance en sachant qu’en cas de crise, ils seront trop gros pour être abandonnés par l’Etat (too big to fail).
Cela n’est pas acceptable, l’Etat n’a pas vocation à être l’assurance des spéculateurs mais doit jouer un rôle de régulateur.
Pour rappel, en 2008, les Etats étaient venus en secours des banques, à coups de dizaines voire centaines de milliards d’euros, pour éviter l’effondrement du système bancaire.
Les citoyens ont donc payé cette crise en tant que contribuables puisque suite à ce sauvetage des banques les gouvernements ont imposé des cures d’austérité pour rattraper cet écart budgétaire.
Les citoyens ont également payé cette crise en tant que travailleurs étant donné les centaines de milliers de suppressions d’emplois engendrées.

Le dogme budgétaire disparait pour les entreprises

Emmanuel Macron a profité de son allocution du jeudi 12 mars à 20h pour annoncer une série de mesures pour faire face à la crise économique qui s’annonce en conséquence de la crise sanitaire.
Le Président de la République a répété que les mesures seraient prises « quoiqu’il en coûte ».
Ce vendredi 13 mars, Bruno Le Maire a estimé que cela coûterait plusieurs dizaines de milliards et même le président du MEDEF pense qu’il faut prendre les mesures et « qu’on fera les comptes après ».

On aurait aimé la même prise de conscience plus tôt, pour investir des milliards d’euros à destination des hôpitaux qui crient leur manque de moyens depuis des années.
On ne peut pas prévoir une crise sanitaire comme celle-ci ; mais on peut (et on aurait dû) s’y préparer.

On a pu entendre le même son de cloche outre-rhin ce mercredi lorsque A.Merkel a annoncé que l’Allemagne prendrait les mesures qu’elle juge nécessaires sur le plan économique et ce quel que soit l’impact sur les finances publiques.
C’est un changement de logique très important qui démontre l’absurdité du dogme budgétaire qui nous tient depuis des années.

La banque centrale européenne a elle annoncé ce jeudi qu’elle allait soutenir l’économie en accordant des prêts aux PME touchées par la crise et en rachetant pas moins de 120 milliards de dettes privées.
Elle a également annoncé un assouplissement des règles habituelles pour les banques afin de faciliter le crédit.

La nécessité de soutenir les revenus et l’emploi

Nous ne contestons pas que les pouvoirs publics aient un rôle prépondérant dans la gestion de cette crise et qu’ils doivent assumer pleinement ce rôle.
Il convient que les aides soient concentrées vers les acteurs de l’économie réelle et ne servent pas à sauver les marchés financiers.
Le rôle des ménages dans le circuit économique doit être rappelé ; soutenir le revenu des ménages directement fait partie des pistes à explorer pour limiter le risque sommeillant de crise économique.

Bruno Le Maire a annoncé vendredi 13 mars « qu’aucun salarié en chômage partiel ne perdra un centime », cette déclaration allait dans le bon sens mais ses services ont dû faire machine arrière en indiquant que les salariés « toucheront minimum le Smic et jusqu’à 84% de leur salaire net » alors que ce sont les entreprises qui « ne perdront pas un centime »....
De plus, la question se pose également pour d’autres situations que le chômage partiel.
Il y a notamment la question des travailleurs précaires et des privés d’emploi, durement impactés par la crise économique et qui vont subir de plein fouet l’entrée en vigueur du second volet de la réforme de l’assurance chômage.
Des mesures fortes, à commencer par la suspension de cette réforme, doivent être prises pour soutenir ces travailleurs.

Plutôt que de se réveiller dans des situations de crises sanitaires et financières, on regrette que le gouvernement n’ait pas entendu les signaux d’alerte qui émergent des différents corps de la fonction publique depuis des années.
Il est assez cynique de saluer l’engagement et l’importance des services publics après avoir participé à leur destruction pendant des années.
Espérons que ces éclairs de lucidité sur les services publics et la dangerosité du dogme budgétaire perdureront au-delà de cette crise.

Crise Boursière :
Quel impact sur les retraites par capitalisation ?

Le projet du gouvernement est un marchepied pour la capitalisation

Tout le monde l’avait compris, la réforme des retraites favoriserait les retraites par capitalisation.
Les députés ont beau avoir retiré l’article 65 promouvant d’autant plus la capitalisation (le signal était trop voyant) personne n’est dupe sur les intentions du gouvernement.

La capitalisation serait à la fois favorisée par la baisse de cotisation des cadres au-dessus d’un certain niveau de revenu.
Ces cadres seraient donc obligés de souscrire à des plan-épargne retraite pour maintenir un taux de remplacement* correct.
Cela vaut également pour tous les travailleurs qui le peuvent étant donné la baisse généralisée des pensions que provoquerait ce projet de loi.

Nous dénonçons sans cesse le système par capitalisation, antithèse de la solidarité et reposant sur les performances des marchés financiers, ô combien risqués.

La crise que traversent les marchés financiers actuellement, depuis de début de l’épidémie du coronavirus vient comme un nouveau signal d’alerte sur les dangers de la réforme.

Dangers de la capitalisation, la preuve par l’exemple

Début janvier, Natixis faisait la promotion des retraites par capitalisation en avançant qu’1€ investi dans la capitalisation en 1982 aurait rapporté 21,90€ fin 2019.
Tout d’abord, il est toujours plus simple de dire sur quoi il fallait investir une fois les résultats connus, un peu comme jouer au loto le lendemain de la parution des résultats…
De plus, l’environnement financier a totalement changé ces dernières années.
En effet, les taux d’intérêts bas poussent les fonds de pension à prendre toujours plus de risque pour assurer une rentabilité satisfaisante pour leurs clients.
L’actualité montre les dangers auxquels ils s’exposent.

Pour reprendre la formule, 1€ placé sur les marchés financiers (prenons le CAC 40 par exemple) le 1er janvier ne valait plus que 76 centimes le 11 mars à la clôture de la Bourse. -24% en à peine 2 mois !
A titre d’illustration, sur une carrière complète au salaire médian, les cotisations retraites s’élèvent à environ 300 000€.
Une perte similaire se chiffrerait donc à plus de 70 000€, l’équivalent de 4 années de Smic bruts qui partent en fumée en 2 mois à cause de risques délirants.
Cela démontre une fois de plus l’inconscience du gouvernement qui souhaite exposer davantage nos retraites, c’est-à-dire un pilier de la Sécurité Sociale, à la volatilité et au risque des marchés financiers.

Avant de se jeter un peu plus dans le gouffre de la capitalisation, tirons les leçons du contre-exemple américain !
En effet, alors que les fonds de pensions américains étaient déjà en grandes difficultés pour assumer leurs engagements en termes de pensions, cette nouvelle crise financière risque de les fragiliser encore davantage.

La crise financière, conséquence du fonctionnement spéculatif des marchés financiers, va donc se traduire par une baisse des pensions de retraites de millions d’américains.

Les marchés financiers ne servent qu’à la reproduction du capital improductif.
Les crises sont inhérentes à ce système, ce sont des rappels de la déconnexion de ces marchés avec l’économie réelle.
Nos cotisations retraites ne doivent pas alimenter ce système financier.

Le renforcement de notre modèle par répartition est un incontournable pour assurer la solidarité de notre système de retraites et son indépendance face aux forces de marché.


Glossaire :
- Obligation : Une obligation est un titre de dette émis sur les marchés financiers par un agent économique (l’État ou une entreprise).
- Capitalisation boursière : Ça correspond à la multiplication du cours des actions et de leur nombre. Théoriquement, ça serait le prix de l’entreprise si on souhaitait acheter 100% des parts.
- Taux de remplacement : Niveau des pensions de retraites en pourcentage