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Au cœur du travail pour bâtir l’avenir

lundi 24 septembre 2018, par Lolo

Etre la CGT représentative du monde du travail aujourd’hui dans toute sa diversité.
Il nous faut tous ensemble anticiper les mutations du travail qui s’opèrent et pour obtenir de réelles conquêtes sociales.
La CGT se doit d’être porteuses de propositions innovantes et modernes.
La modernité, ce n’est pas le moins-disant social ou l’opposition entre les travailleurs du monde.

La politique du gouvernement se situe dans la pure tradition libérale, en faveur du capitalisme financier et des intérêts du patronat.

Nous assistons à une transformation profonde du travail dans tous les secteurs, privés et publics et dans les territoires, du local à l’international.

Le capital, véritable « machine à extraire des profits », écrase le travail vivant.
Il mobilise notre corps, nos sens, notre intelligence.

Cette transformation n’est pas non plus sans conséquences sur l’environnement.

La nature est exploitée comme un butin dont les richesses sont puisées sans limites.

Les gouvernements successifs ont abandonné le monde du travail au capital.

Le chômage de masse les a conduits à avoir une approche uniquement quantitative par l’emploi, forme de partage du temps de travail subi.

Dans la chaîne de production de valeur, on assiste à la mise en concurrence généralisée.
C’est le « tous contre tous », que ce soit au sein de l’atelier, du bureau,
dans la même activité, d’un bout à l’autre de la planète, pour toutes les catégories de travailleurs, de l’ouvrier au cadre.

L’enjeu est à la fois de répondre aux besoins de subsistance et d’épanouissement – qui sont loin d’être satisfaits pour tous – et de préserver les conditions de vie sur terre.
Les questions autour des transformations du travail, sur le rôle et la
place de l’industrie, sur le sens et la finalité des services publics, sur la conquête d’une sécurité sociale « santé et professionnelle » pour une protection sociale de haut niveau, sur un statut du travail et du travailleur, restent des déterminants d’action porteurs de rupture avec les choix politiques actuels et dans une perspective de progrès social.

Cette réalité doit nous amener à repenser le travail, son sens, son contenu, son organisation, avec tous les travailleurs, dans leur diversité.

Nous devons avoir une attention particulière aux évolutions technologiques à venir qui auront, sans nul doute, des conséquences sur les métiers et le statut des travailleurs.

Pour être efficace, cette démarche doit s’appuyer sur une base syndicale plus large, à l’image du monde du travail.

La syndicalisation, élément du rapport de force, est aussi un enjeu de « démocratie
interne » notamment au regard de la nécessité de faire évoluer notre outil syndical pour être la CGT de toutes et tous.

La centralité du travail doit être affirmée.
Il agit sur l’ensemble des comportements et des rôles sociaux.
Cela donne un rôle majeur au syndicalisme, par-delà la défense des intérêts catégoriels des salariés.
Pour être porteur de l’intérêt général, notre syndicalisme de transformation
sociale doit être de classe mais aussi de masse.

Pour cela, nous devons combattre tous les registres de domination.
Notre syndicalisme doit être féministe et avoir une attention particulière pour les travailleurs et travailleuses issus de l’immigration, souvent les plus précaires.
Par cette prise de conscience, le « mal-travail » se réduira au profit d’un mieux-être au travail et dans la vie.

En portant des valeurs de solidarité, de justice sociale, d’égalité, de sécurité au travail, la CGT s’emploie à proposer aux actifs et aux retraités, des potentialités de progrès pour améliorer leur quotidien et des perspectives pour les générations futures.

Faisons le pari d’inventer et d’expérimenter de nouvelles formes émancipatrices de travail.
Ce congrès devra prendre des décisions pour rapprocher la CGT de celles et ceux qui travaillent, pour créer un climat de confiance suffisamment fort pour contrer les mauvais coups, mais aussi pour permettre au rapport de force de gagner des garanties collectives et des droits nouveaux.

La responsabilité des 16 000 syndicats représentant 665 000 adhérents, des organisations professionnelles et territoriales de la CGT, de la confédération, doit être engagée pour dépasser les difficultés rencontrées et redonner du souffle à l’action collective, au syndicalisme utile et efficace qu’incarne une CGT combative
et conquérante.

1) La réalité du travail et son avenir avec les évolutions technologiques comme le numérique

Précarité organisée, mobilité imposée, santé dégradée, insécurité généralisée…

Cette réalité du travail touche de plein fouet les travailleurs, avec des conséquences importantes et graves sur leur rapport au travail comme plus largement sur leur vie.

Les travailleurs aspirent à retrouver du sens à leur activité.
Ils ont aussi de nouvelles exigences comme l’autonomie, la mobilité choisie…

Face aux nouveaux modes d’organisation du travail, aux évolutions techniques et technologiques qui s’opèrent à un rythme et à une intensité jamais connus, l’action syndicale se heurte à des difficultés importantes, les nouvelles formes d’exploitation visant à faire disparaître les frontières du salariat et les droits associés (droit du travail, protection sociale, santé, etc.).

Indiscutablement, la « révolution numérique » sans action syndicale va accentuer ce phénomène.

Les Uber et autres plateformes en sont l’incarnation.
Le lien de subordination a changé de forme.
Le numérique et l’intelligence artificielle auront des implications multiples et importantes dans l’ensemble du monde du travail et dans tous les secteurs de l’économie.
L’anticipation de ces mutations est de fait, un enjeu majeur pour le syndicalisme.
Cette « révolution numérique » est à considérer dans un double contexte.

D’une part, il n’y aura pas de retour en arrière, les évolutions vont se poursuivre
et s’accélérer.
D’autre part, il n’existe pas de « déterminisme technologique », l’utilisation des technologies étant le fruit de choix politiques qui, à ce jour, vont exclusivement dans le sens de l’intérêt du capital.

Cela nécessite, pour la CGT, une appropriation et une construction collectives afin d’imposer d’autres projets au service d’une société plus juste, plus démocratique, plus soucieuse des enjeux humains et environnementaux.
Il nous faut permettre aux travailleurs d’intervenir sur le travail pour le transformer. Cela implique qu’ils perçoivent les changements en cours.

C’est dans cette visée que s’inscrit notre démarche syndicale, en plaçant nos objectifs
revendicatifs dans la réalité du travail, dans la proximité et le quotidien des travailleurs.

La CGT doit faciliter leur expression, faire émerger leurs aspirations permettant l’élévation du rapport des forces.
Faciliter l’expression de chacune et chacun implique une réflexion sur nos revendications et leurs constructions, sur nos pratiques syndicales et notre forme d’organisation.

La réalité d’aujourd’hui appelle à l’action collective pour transformer le travail. Son
avenir sera lui aussi fonction de notre capacité d’action, d’intervention et de propositions pour vivre mieux, dans une société plus juste !

2) Le statut de celles et ceux qui travaillent, avec au cœur notre proposition du Nouveau Statut du Travail Salarié et sa sécurité sociale professionnelle.

Ces dernières années, le capitalisme et la recherche du profit n’ont fait qu’accentuer la sous-traitance, la division des travailleurs, la casse des garanties collectives et des statuts, la multiplication des formes d’emplois et la précarité.
Le salariat a évolué et de nouvelles formes de travail émergent (Uber, plateformes collaboratives…), en séduisant parfois la jeunesse à ses dépens.

La CGT, lors de son 48e congrès en avril 2006, s’est engagée à conquérir un
Nouveau statut du travail salarié (NSTS) et sa sécurité sociale professionnelle, pour
tous les salariés, du privé et du public, quels que soient leurs statuts ou leur convention collective.
Comme toujours, la CGT se voulait offensive face à ce capitalisme qui broie l’humain
et déclarait en 2009 : « Avec la crise, les propositions de la CGT, pour permettre
à chaque salarié une vraie sécurité sociale professionnelle, s’affirment à la fois comme une perspective transformatrice et comme un corpus de propositions immédiates pour construire des protections sociales nouvelles et contrebalancer les offensives patronales et gouvernementales de destruction du Code du travail… ».

Le NSTS et sa sécurité sociale professionnelle proposent un socle commun de droits individuels garantis collectivement, des droits progressifs opposables à tout employeur, cumulables au cours d’une carrière, transférables d’un employeur
à l’autre ou d’une branche à l’autre.

Il est notre bien commun et ses fondations permettent de construire une société juste et égalitaire et de combattre ainsi la concurrence entre travailleurs.

Notre proposition est plus que jamais innovante, nécessaire et répond aux nouvelles
aspirations.
Lors de notre 52e congrès, au regard des nouvelles formes d’emplois (uberisation, auto-entrepreneurs...), nous aurons à débattre des évolutions à apporter à notre projet du Nouveau Statut du Travail Salarié afin d’être la CGT de toutes et tous, respectueuse de la diversité.

Face à un contexte anxiogène pour des millions de jeunes, de salariés, de précaires, de nouveaux travailleurs, de privés d’emploi et de retraités pour qui les lendemains semblent incertains, nous nous devons de reconstruire et cultiver progressivement l’espérance, par notre outil de reconquête du pouvoir d’agir des salariés : notre démarche syndicale à partir du travail.

C’est ainsi que nous pourrons être dans un état d’esprit de conquête, tout en intégrant au quotidien une qualité de vie syndicale.

Il faut remettre au cœur de nos débats la centralité du travail, avec la mise en sécurité sociale ainsi que l’universalité des droits et garanties collectives, restituer la citoyenneté dans l’entreprise et ainsi redonner de l’espoir.

Cela fera renaître des perspectives d’un monde juste et égalitaire aux travailleurs et aux syndiqués.

3) Construction du rapport de force et convergences de luttes

Depuis quelques décennies, le paysage du salariat a largement été modifié par les stratégies capitalistes de casse de tout cadre collectif et de mise en concurrence.

Avec près de 30 millions de travailleurs, notre pays n’a jamais compté autant de salariés qu’aujourd’hui.

Mais les attaques répétées du patronat et du gouvernement, les réorganisations
et les externalisations massives, ont provoqué leur éparpillement dans une
multitude de PME/TPE, avec des statuts très divers.

Dans le même temps, la part des Ictam (ingénieurs, cadres, techniciens, agents de maîtrise) a fortement progressé pour atteindre près de 50 % du salariat.

Comment la CGT, dans ce contexte favorable à la montée de l’individualisme, peut-elle permettre le développement de solidarités, la construction de revendications collectives et l’organisation de luttes gagnantes ?

Comment peut-elle agir sur les spécificités pour construire le rapport de force avec
l’ensemble des catégories de salariés ?

Quels sont les obstacles à dépasser et les leviers à activer ?

Alors que nous connaissons nombre de luttes gagnantes dans les entreprises, services ou professions, et que nous avons su construire des mobilisations interprofessionnelles, nous butons encore sur notre capacité à les élargir et les généraliser.

Il nous faut donc débattre de notre stratégie dans son ensemble.

Le document d’orientation interrogera quelques problématiques essentielles : le développement de la culture du débat avec les travailleurs, dans leur diversité, et l’opinion publique ; l’enjeu des élections professionnelles ; la construction des
revendications à partir des réalités du travail et des préoccupations exprimées
 ; la valorisation des résistances et l’accompagnement des luttes ; l’impulsion
d’une dynamique de conquêtes sociales ; la réflexion sur nos formes de luttes, sur leur élargissement, sur le cadre unitaire syndical et sur notre travail avec le monde associatif et politique ; le développement des convergences entre secteurs professionnels, entre territoires, et du local à l’international.

4) La syndicalisation et notre déploiement comme éléments du rapport de force et enjeux majeurs pour notre démocratie interne

Personne ne remet en cause la faiblesse de la syndicalisation en France, pas même
la CGT qui reste l’organisation avec le plus grand nombre d’adhérents. Pourtant est-ce suffisant ?

Les mobilisations et conquêtes sociales de ces dernières années peuvent interroger les syndiqués, et plus largement les salariés dans toutes leurs composantes.

Est-ce dire que le syndicalisme n’a plus d’utilité ?
Sûrement pas, bien au contraire !
Tout ne dépend pas de nous, nos adversaires savent trouver les moyens pour diviser le salariat.

Les discriminations et mises en opposition sont légion à chaque niveau de la
société, à commencer par le lieu de travail.

Pour autant, cela ne doit pas nous dédouaner de nos responsabilités, ce qui nécessite de faire notre bilan sur la mise en œuvre des décisions que nous avons collectivement prises lors des derniers congrès.

Incontestablement, nous avons encore d’énormes potentialités pour opérer les transformations qui sont nécessaires afin d’inscrire la CGT dans le XXIe siècle.
Être la CGT de tous les salariés, c’est d’abord leur permettre de s’organiser, quelle que soit la taille de leur entreprise, leur lien avec leur donneur d’ordre ou encore leur multi-activité.

Être un syndicalisme de masse, c’est bien sûr avoir des adhérents, c’est être fort aux
élections professionnelles, c’est aussi être en capacité d’obtenir des avancées sociales.

Notre syndicalisme CGT s’appuie sur des bastions industriels et des services publics
qui ont fortement évolué.

Il nous faut donc regarder le monde du travail tel qu’il est pour proposer les modes d’organisation qui conviennent aux travailleurs et aux travailleuses.
Aussi, ouvrir les portes de la CGT, c’est d’abord s’organiser pour aller à la rencontre des salariés là où ils sont.

C’est construire des outils d’accueil qui permettent l’organisation des salariés sur un site, dans une profession.

C’est se structurer professionnellement et territorialement pour pouvoir coordonner
une activité syndicale capable de faire évoluer au quotidien la vie des femmes et
des hommes au travail et dans la cité et les conduire à se projeter dans une société
plus juste, équilibrée et égalitaire.

C’est se donner les moyens de syndiquer les ouvriers, les employés comme les ingénieurs, cadres et techniciens en offrant à chacun et chacune un cadre syndical
permettant de prendre en compte les spécificités liées aux rapports sociaux et de traiter les convergences.

C’est utiliser les outils numériques pour renforcer notre vie démocratique, et nos capacités de débats, d’actions et de solidarité.

La vie syndicale se pose à tous les niveaux de notre organisation.

Animer un syndicat pour articuler le rapport de force et la négociation n’est pas simple dans un contexte où l’on est en permanence sous les attaques.

Cela suppose nécessairement de s’appuyer sur un collectif, dans l’entreprise, mais aussi avec les structures et outils de la CGT qui doivent accompagner les
syndicats.

Le travailler ensemble sera d’autant plus efficace que les attributions des organisations professionnelles et territoriales seront identifiées.

Aussi, « savoir qui fait quoi, avec quel moyens » dans la CGT devient une nécessité
pour nos organisations afin de définir leur place dans cet organigramme pour mieux travailler entre organisations, avec les syndicats, mais aussi pour que la CGT soit en capacité de répondre à l’ensemble des défis qui lui sont posés.

5) Les enjeux européens et internationaux, tant sur l’évolution du monde du travail que sur notre activité syndicale

Le capital n’a pas de frontière.
Aussi, il s’active sur toute la planète, et partout, il cherche maximiser les profits en faisant des choix politiques, économiques, sociaux et environnementaux qui remettent en cause les droits des travailleurs et les libertés fondamentales.

Les intérêts des 1 % des personnes les plus riches et des entreprises sont placés
au-dessus de ceux des travailleurs.

En même temps, la situation politique européenne et internationale est particulièrement inquiétante, les zones de tensions et de dangers se multiplient sur la planète.

En Europe, le refus des gouvernements d’accueillir les migrants dans des conditions
dignes, en abandonnant des hommes, des femmes et des enfants à leur sort, exacerbe les tensions politiques et réveille les résurgences nationalistes.

Nous pouvons ajouter la contestation de la démocratie, la menace terroriste, le réchauffement climatique dont nous ne mesurons pas encore toutes les
conséquences…

Un monde marqué par de multiples incertitudes qui doit nous interroger sur notre démarche internationale.

La transformation du travail se vit d’abord sur les lieux de travail, les sites de production, dans les services publics.

Elle implique de nouvelles formes de division internationale du travail et de nouvelles
manières de mettre en concurrence les travailleurs.

Lutter contre ce dumping, c’est agir dans l’intérêt de tous les travailleurs, mais
est-ce une réalité dans les entreprises ?

En faisons-nous une activité à part entière ?

Pour être plus efficace, l’action syndicale doit fournir une riposte coordonnée
au niveau interprofessionnel, impulsée et concertée dans la CGT, mais nous avons besoin de nous organiser avec d’autres forces face aux stratégies
des entreprises transnationales.

Il faut notamment travailler des projets concrets avec d’autres organisations syndicales en Europe et dans le monde pour enrayer ces stratégies et répondre aux besoins des travailleurs.

L’internationalisme doit nous permettre de mettre à mal les politiques libérales
dévastatrices.