VIRAGE HUMAIN

Accueil > l’Histoire sociale > Histoire et Mouvement social > L’accouchement sans douleur et le rôle de la Cgt

L’accouchement sans douleur et le rôle de la Cgt

mercredi 13 juin 2018, par Lolo

Un peut d’histoire ou l’ont apprend à la lettre A comme Accouchement sans douleur comment la CGT métallo a quasi importé en France des méthodes d’accouchement sans douleur...

Dans "L’Accouchement sans douleur - histoire d’une révolution oubliée", on note ainsi que "l’accouchement sans douleur est soutenu, en pleine guerre froide, par le PCF et la CGT et s’impose comme s’inscrivant dans le grand courant d’émancipation des femmes qui marquera le demi-siècle."

Alors que depuis Eve, la femme est condamnée par Dieu pour la punir à « enfanter dans la douleurs » avec la bénédiction de l’église, rien n’est fait pour aider les femmes.

Difficile d’imaginer aujourd’hui la situation des parturientes dans les années 1950. « La douleur, c’est le mal joli, sitôt fini, on en rit », avait-on coutume d’entendre. La douleur « valorisait » la femme, lui apportait « une beauté morale », pouvait-on lire sous la plume d’éminents professeurs de médecine.

Combattre l’inéluctabilité de la douleur était donc une véritable révolution mentale, une des premières étapes décisives du combat pour la libération des femmes.
Mais voila qu’en pleine guerre froide, en février 1951, le ministre soviétique de la Santé demande d’utiliser une nouvelle méthode de préparation à l’accouchement mise au point à Kiev qui s’inspire des travaux de Pavlov.

VElvovski et Nicolaiev espère grâce à leur méthode déconstruire les réflexes de peur et de culpabilité inculqué aux femmes depuis des millénaires et ainsi déconditionner la souffrance de l’accouchement.

La Russie fait figure de précurseur en affichant des taux de réussite important.

En août 1951 Fernand Lamaze chef de la maternité des Bleuets part avec la délégation française invitée en URSS parmi une délégation de 48 médecins venant du monde entier pour découvrir le bien-fondé de la médecine soviétique.

Dès son arrivée, il demande à rencontrer le professeur Nikolaiev, venu précédemment à Paris présenter ses recherches, Fernand Lamaze est invité, le 4 septembre 1951, à voir une femme accoucher sans douleur dans le service de Nikolaiev à Leningrad.

Ce fut un choc pour Lamaze : « La douleur paraissait alors la rançon fatale de l’accouchement. Ce n’est plus. J’ai de mes yeux vu une femme accoucher sans douleur. Je suis témoin. J’ai trente ans de pratique obstétricale, cela ne trompe pas. On n’a pas pu me bluffer. »
Ce jour-là « j’ai décidé sur le champ de faire table rase de mes acquisitions passées et de me mettre aussitôt à l’école de cette sciences soviétique qui permettais de telles réalisation ».

En 1947, le docteur Pierre Rouquès propose à Fernand Lamaze de venir le rejoindre à la clinique des Bluets, qu’il dirigeait.
L’amitié entre les deux hommes datait de la Résistance.
Lamaze accepte immédiatement et prend la direction du service d’obstétrique de la clinique, dite polyclinique des métallurgistes, située dans le 11ème arrondissement de Paris sous les auspices de la CGT et de Benoît Frachon – en effet, dans la foulée du grand mouvement social de 1936, l’Union syndicale de la métallurgie CGT avait acheté, avec l’argent des syndiqués, un ancien entrepôt de machines-outils pour offrir un centre de santé aux salariés de la métallurgie et à leurs familles.

De retour en France Lamaze alors qu’il vient d’être nommé à la tête de la maternité des Bluets, il décide d’améliorer la méthode, et quelque mois après il réalise son premier accouchement sans douleurs.

Malgré l’opposition de ses paires, il proclame qu’un accouchement sans douleur, sans agent thérapeutique et médicamenteux, est possible.

Pendant six ans, avec le soutien sans faille de la clinique des Bluets et le soutien financier de l’Union fraternelle des métallurgistes de la Seine, il va se mettre à l’œuvre, et aménager la méthode psychoprophylactique pour réaliser celle qui, quelques années plus tard, porterait son nom et rayonnerait dans le monde entier.
Les femmes adhèrent nombreuse et enthousiasme à cette véritable révolution de la maternité et les premières accouchées sans douleur son relayées par la Cgt sous forme de propagande et les futurs pères sont invités à participer à ces cours de préparation.

Fin 1952, 500 accouchement sans douleur sont réalisés au Bluets avec un taux de réussite de 92%.

Malgré le discours inattendu du Pape Pie XII sur les travaux réalisé en Russie, Lamaze est traduit par l’ordre des médecins devant le conseil avant d’être blanchi.
Lamaze repensait sans cesse sa méthode. Il a ainsi inventé la respiration haletante du « petit chien » qui facilitait l’expulsion du nourrisson.

Parmi ses autres trouvailles, il a eu l’audace de faire entrer le père dans la salle de travail et de l’associer à l’accouchement : une démarche qui représentait un puissant levier d’égalité ultérieur dans le couple.

Lamaze doit maintenant faire changer la législation française, dès décembre 1952 au Conseil de paris, proposition : la création dans chaque maternité de l’assistance publique de salle spéciales pour permettre l’application de l’accouchement sans douleur, puis dépôt d’un projet de Loi par le groupe parlementaire Communiste, qui recommande l’enseignement généralisé de l’accouchement sans douleur, avec les moyens financiers appropriés.

Au conseil de Paris, le Dr Devraigne, membre du parti gaulliste s’insurge, et JP David député radical interpelle le ministre de la santé sur la légalité de la campagne engagée pour cette « méthode Pavlov ». L’accouchement sans douleur devient une question politique.

Et c’est seulement deux ans plus tard, que l’Assemblée nationale adopte le projet de remboursement des six séances préparatoires à l’accouchement sans douleur, étendu à huit en 1960.


Source : Livre la chaire interdite... et Article humanité oct. 2017...